Le chat qui pense (A & A et Cie n° 84)

photo YG

Un chat réfléchissait, contemplant une pomme :

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« D’elle sont donc venus tous les malheurs des hommes ?

Eve osa la croquer, or c’était défendu.

Oui mais l’aurait-elle fait, si elle avait su ?

Pour ma part, le reptile aurait pu me sourire,

Et même se mettre en quatre pour me séduire,

Je n’aurais point goûté le fatidique fruit.

Peut-être s’il m’avait parlé d’une souris…

Cette pomme en a fait des histoires, et j’en passe !

Et plus j’y réfléchis, plus cela me dépasse.

A Blanche-Neige la reine en fit le présent.

La pauvre eût trépassé sans le prince charmant !

Soyons juste pourtant et n’omettons pas celle

Par qui Newton trouva sa loi universelle…

Ah! j’allais oublier : mais sur le Mont Ida,

Le jeune Pâris à Vénus la décerna,

Puis du roi Ménélas enleva la compagne.

Alors tous les rois grecs partirent en campagne.

Et la guerre de Troie eut lieu. Quelle pitié !

Sans cette pomme rien ne serait arrivé ! »

.

La pomme avait compris, elle était télépathe,

Mais ne répliqua rien, car bien trop délicate.

Lui répondre eut été par trop l’encourager.

Elle se contenta simplement de songer :

.

« Qu’ai-je à voir avec Eve ou Pâris ou Hélène ?

Ces noms lourds à porter me donnent la migraine.

Et m’a-t-il seulement regardée une fois 

Sans me charger de tout cet historique poids ?

Trompeuses sont les étiquettes

Que l’on nous colle sur sur la tête !

Ce chat n’est sans doute pas sot,

Hélas, il pense beaucoup trop ! »

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

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Océanique

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Margot la pie et les deux ânes (A & A et Cie n° 83)

 

Photo Alain Ménez

Deux ânes paissaient. Arrive une pie

Qui vient se poser sur le dos de l’un.

L’équidé de sermonner l’impolie :

-Est-ce une façon d’aborder quelqu’un ?

.

-Veuillez m’excuser, dit le volatile.

Mais c’est très urgent, il faut m’écouter :

Figurez-vous que je viens de la ville

Et que sur vous j’ai entendu jaser.

.

-Que dit-on de nous ? Du bien, je l’espère !

Esquissa l’autre âne en pesant ses mots.

.

-Je le voudrais bien, mais c’est le contraire :

Partout on vous dit empereurs des sots !

Pour nommer quelque personne très bête,

Et pourtant les termes ne manquent point,

C’est « l’âne«  toujours tient vedette !

Je puis l’assurer, j’en fus le témoin.

Allez-vous répondre à cette injustice?

.

-L’humain peut de nous médire, après tout,

En rien cela ne porte préjudice

A notre tempérament calme et doux.

Qu’il demeure avec son outrecuidance,

Lui qui pour son frère est pareil au loup.

Je ne sais, Margot, des hommes et nous,

Au concours des sots, qui aurait sa chance…

AG

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Océanique

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Même pas peur ! ( A & A et Cie n° 82 )

photo Alain Ménez

« L’humain, dit l’échassier, en son for intérieur,

Me connaît donc bien mal : cet oiseau métallique

Fiché sur un bâton ne saurait me faire peur.

Vraiment, la mise en scène est plutôt pathétique !

Mes amis les canards n’en ont cure non plus

Qui brillent comme moi par leur intelligence.

Regardez-les nager, lorgnant d’un œil goulu

Le poisson qui prospère ici en abondance ! »

*

Une ombre tout à coup passa dans le ciel clair.

Chacun de déguerpir à l’abri du feuillage.

Le rapace un moment tournoya dans les airs,

Puis s’en fut, l’œil brillant, là-haut dans les nuages.

*

Le voyant s’éloigner, notre héron se dit

Qu’à bien y réfléchir, trop d’assurance nuit.

AG

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Un accident (A & A et Cie n° 81)

A notre insu, la nuit, les arbres se déplacent.

On m’en avait parlé, je ne l’avais pas cru.

Fatigués de rester tout le jour à leur place,

Ils quittent leurs pénates, et ni vu ni connu !

Aux premières lueurs, ils accourent bien vite

Afin de regagner leur poste déserté.

Du bout de l’horizon, chacun se précipite

Car le moindre retard n’est pas autorisé.

Et tout est bien ainsi. Nul n’y trouve à redire.

Ou plutôt : « n’y trouvait« , jusqu’à cet accident.

On ne pouvait rien certes imaginer de pire :

Filant sur ses grands pieds, un colosse, un géant,

Vint malgré lui heurter au milieu du village

La statue érigée au poète local,

Un magicien des mots, prince du beau langage.

Au monument, le choc faillit être fatal,

Mais la force du verbe eut raison de l’obstacle

Et découpa le tronc tout autour du héros.

Au matin, l’on put voir cet étrange spectacle :

Ne mésestimons pas la puissance des mots.

AG

photo Alain Ménez

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Le beau livre

Le beau livre

Relié de cuir, doré sur tranche,

Sous un monceau de vieux papiers,

Il dormait au fond du grenier.

*

Le geste lent, elle se penche,

Et le saisit de ses doigts gourds.

Vieillir est une chose étrange,

Les ans raidissent les phalanges.

Aujourd’hui, comme il paraît lourd !

*

« Il l’était moins dans mon jeune âge,

Quand je venais là me cacher

Pour lire au calme et y rêver…« 

*

Son enfance est là, dans ces pages :

Des chevaux fougueux dans la plaine

Galopent la crinière au vent,

Une princesse en soupirant

Songe à son prince à la fontaine…

Tout autour d’elle est enchanteur,

Elle a huit ans, la vie est belle !

En robe blanche de dentelle,

Elle danse parmi les fleurs…

*

Soudain, des petits pas qui montent :

– C’est moi ! Mamie, tu es là-haut ?

Fais voir ton livre, oh ! qu’il est beau !

S’il te plaît, tu me le racontes ?

AG

 

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