La dernière Dryade

Ovide l’a chanté : nos bois et nos forêts

Abritent en leur sein d’étranges personnages,

Nymphes aux cheveux blonds, lutins et farfadets

Tapis dessous l’écorce ou parmi les feuillages,

Divines créatures protégeant ces lieux.

*

Le voyageur, jadis, cheminant sous l’ombrage,

Se savait observé par d’invisibles yeux,

Et plein de gratitude, leur rendait hommage.

*

Mais les temps ont changé. Ces hôtes fabuleux,

Au siècle d’Internet, ne sont plus à la mode.

Nous les avons bannis de nos terrains de jeux,

Et loin de la Nature inventé d’autres codes.

*

« Peut-être cependant tout n’est-il pas perdu,

Car ce monde est passé par bien d’autres toquades… »

Près d’un chêne, rêvant à ce jour attendu,

Ainsi soliloquait la dernière Dryade.

AG

Sculpture de Tosello lors d’une exposition dans le parc du château de Divonne les Bains – photo YG

dryades : divinités mineures protectrices des forêts et des bois

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La Grenouille et l’Escargot (A&A et Cie n° 59)

La reine des grenouilles était fort paresseuse.

A l’instar de ces rois qu’on disait Fainéants,

Elle allait tout le jour, indolente, rêveuse,

En se faisant porter sur le dos de ses gens.

Tout effort était pour son altesse un calvaire.

*

Devant un soir se rendre au grand bal de la Cour,

Sa sieste ayant duré bien plus qu’à l’ordinaire,

Quand elle s’est levée, il ne faisait plus jour !

Elle appelle ses gens, hurlant telle une folle :

*

-Qu’on me porte à ce bal où le roi doit m’attendre !

*

Mais tous étaient partis danser la farandole.

Dans le palais désert, nulle âme pour l’entendre.

Quand soudain, une voix : -Puis-je vous y conduire ?

C’était un escargot qui cheminait par là.

-Ma foi, je le veux bien. Lors, se laissant séduire,

La reine s’installa sur le dos du luma.*

*

Quand ils furent au but, après leur lent voyage,

L’orchestre s’était tu. Tout le monde en a ri,

Et l’on glosa longtemps de l’étrange équipage !

*

Plus que dans le corps, la paresse est dans l’esprit.**

AG

*luma : escargot en ancien parler poitevin

**d’après la maxime de La Rochefoucauld : « Nous avons plus de paresse dans l’esprit que dans le corps. »

Image internet

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

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Une rose m’a dit…

Des puissants de jadis ignorant la superbe,

Le temps a consumé pont-levis et remparts.

Dans la cour du château croissent de folles herbes,

Et l’altier donjon n’est que moellons épars.

Les cris de l’assiégeant à l’assaut des murailles,

Ont fait place aujourd’hui à ces gerbes de fleurs

Qui nous font oublier les horreurs des batailles

Qui furent en ces lieux… de nos jours sont ailleurs.

*

Une rose m’a dit : « C’est la loi de Nature,

Car le jeu de la Vie est de changer toujours,

Peut-être pour laisser, comme ici rien ne dure,

Après la barbarie une chance à l’Amour… »

AG

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Pour ne rien dire… (A & A et Cie n° 58)

photo Petitalan

Au milieu d’un grand bois, trois chiens s’étaient perdus.

Pour narrer le pourquoi, le comment de l’affaire,

Un développement serait le bienvenu.

Allons même plus loin, hautement nécessaire !

Or, il n’en sera rien, pour l’unique raison

Que j’en ignore tout. Voilà qui peut surprendre.

Ces chiens, en vérité, je ne sais qui ils sont,

Aussi, de leur état, que puis-je vous apprendre ?

Rien ou si peu de chose, il faut en convenir.

Et quant au dénouement de leur mésaventure,

Ne comptez pas sur moi pour aller vous mentir.

Je ne saurais vous en dévoiler la nature,

Car je n’étais point là, ni même aux alentours.

J’ai pourtant essayé, sollicitant ma plume,

Mais la rebelle me refusa son concours,

Arguant qu’à la campagne, elle avait pris un rhume !

*

A conclure, il faut me résigner désormais,

Refermer l’encrier, surtout ne plus écrire,

Car vous imaginez combien je m’en voudrais

De vous parler pour ne rien dire !

AG

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Océanique

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Le premier pas (A&A et Cie n°57)

photo Petitalan

Une petite échasse blanche,

Devant tous les siens réunis,

Par un beau matin de dimanche,

Quitta le paternel logis.

Elle rêvait d’un grand voyage.

Un goéland lui avait dit

Que bien au-delà du rivage,

Il existait un paradis,

Un réel pays de cocagne

Où le ciel était toujours bleu.

.

-Je franchirai vaux et montagnes,

Mais je veux le voir de mes yeux !

Disait-elle, et à mon retour,

Comme Ulysse le fit naguère,

Je vous conterai mon séjour.

.

-Sois prudente ! lui dit sa mère.

.

Chacun pleura, mais hardiment

La jouvencelle prit la route

Sans plus attendre, se disant

Que c’est le premier pas qui coûte.

AG

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