Un chauffeur peu ordinaire (A&A n° 49)

160221  PC 001 (2)photo Petitalan

Trompeuse est l’apparence, et sans être Descartes,

J’affirme que nos sens, pourtant sophistiqués,

A leur corps défendant quelquefois nous écartent

Du chemin raisonnable et de la vérité.

***

Ce merle qui attend près d’une automobile

En son bec un brin d’herbe pour passer le temps

Ami lecteur n’a rien, mais rien d’un volatile !

Mon propos j’en conviens vous semble extravagant,

*

Et pourtant, il suffit de bien fixer l’image,

Puis de fermer les yeux, sans effrayer l’oiseau,

Pour voir s’illuminer un autre paysage

Directement issu d’un conte de Perrault :

*

Cocher de noir vêtu, fumant sa cigarette,

Auprès de son carrosse, il attend Cendrillon

Qui s’étourdit au bal, se fait conter fleurette,

Sans égard pour le temps qui tourne au carillon.

*

-Comme elle est en retard ! murmure le vieil homme,

Tourmenté mais pas trop, car connaissant la fin

Heureuse du récit. Qu’elle en profite, en somme,

Elle a droit au bonheur ! soupire-t-il enfin.

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

 

Publié dans Alain et l'Autre | 11 commentaires

Un petit bonheur

voilierALAIN

Je voulais offrir à ton cœur morose

Un petit bonheur au parfum secret,

Sur papier vélin quelques mots sucrés,

Plus doux que Zéphyr caressant la rose.

*

J’ai déposé devant ta porte close,

Noué d’un ruban, mon aveu sacré.

Mais l’Autan jaloux, par un prompt décret,

Jusqu’en son royaume emporta ma prose!

*

Très haut dans l’azur je l’ai vu s’enfuir

Et tourbillonner, pour aller l’offrir,

La main sur le cœur à sa fiancée!

*

J’étais là, pleurant mon bonheur perdu,

Quand tu m’apparus, ouvrant la croisée.

Tu me souriais: tout m’était rendu!

 AG

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Le pot cassé

Les moutons et le pot casséphoto YG

-Ce pot, c’est toi qui l’as cassé !

On t’a vu sur les lieux du crime,

Allons, nous en savons assez !

Tous les avis sont unanimes

Pour condamner cet acte odieux.

De cendre couvre ton visage,

Ne parais plus devant nos yeux.

Ta présence nous porte ombrage !

-On ne m’a point encor’ jugé,

Qu’à la vindicte populaire

On s’empresse de me vouer.

Est-ce justice ou arbitraire ?

Peut-être vous souvenez-vous

De cet agneau de La Fontaine

Qui fut dévoré par le loup ?

N’en avez-vous pas eu de peine ?

La rumeur parle sans savoir,

Mais se fait juge d’importance.

Qu’on lui en laisse le pouvoir,

Elle prononce la sentence.

AG

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Le héron et la jument (A&A n° 48)

Le héron et la jumentphoto Petitalan

Le héron bougonnait : Vraiment, là, c’en est trop !

Je ne supporte plus ce nom de Cyrano

Qu’en raison de mon bec on me baille à la ronde !

Jusqu’à cette jument qui vient à la seconde

De me lancer : Ce bec, mais n’est-il pas trop lourd ?

(Je me prends à rêver au bonheur d’être sourd !)

Ne crains-tu pas que cet encombrant locataire

Vienne un jour  tel un pieu se ficher dans la terre ?

Ou bien que sur ce dard pointé à tous les vents

S’embroche et puis succombe un pauvre être vivant ?

Je sais la solution, l’unique en la matière :

Au bout, fixe une mouche ou quelque muselière !

*

Et ce sont chaque jour moqueries et brocards.

Parole d’échassier, souvent j’ai le cafard.

Rien ne m’est épargné : les surnoms ridicules,

Le roc, le cap, le pic, même la péninsule !

Le perchoir à oiseaux, le gros lot, tout y passe,

Et jusqu’au subjonctif : que je me l’amputasse

Enfin, je laisse dire et n’en pense pas moins.

Au héros de Rostand je ressemble en un point,

Et pardon pour ces vers si le Maître se fâche :

Tout oiseau que je suis, je garde mon panache !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

Publié dans Alain et l'Autre | 32 commentaires

Les trois paonnes

3 paonnes

Une paonne à ses sœurs battait froid certain jour.

-Que t’avons-nous donc fait ? lui lança la première.

Tu nous tournes le dos, ne nous dis pas bonjour !

La seconde enchérit : -Que te voilà bien fière !

L’autre ne disait mot ni des yeux ni du bec.

Ses sœurs, sur le moment, ne savaient plus que faire,

Lorsque, se retournant, elle dit d’un ton sec :

 

-Savez-vous qu’aujourd’hui, c’est mon anniversaire ?

Aucune de vous deux ne me l’a souhaité !

 

Ce propos déclenchant de grands éclats de rire

Chez ses sœurs, mit le comble à sa contrariété:

-De plus, vous me raillez ! Peut-on connaître pire ?

 

-Ton anniversaire, dit l’une, c’est demain !

 

Chacun peut se tromper, les paons et les humains.

AG

 

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