Les souris qui voulaient manger le chat (A&A et Cie n°67)

Cet article est programmé.

 

photo YG

Le chat dort dans la marmite !

Murmurent les souriceaux.

Allumons du feu bien vite,

Faisons rôtir ce bourreau !

Cependant qu’il prend ses aises,

Allons ramasser du bois

Ensuite cherchons des braises

Chez le maître, en tapinois.

Il faudrait, dit Souricette,

Des carottes et puis surtout

Du sel, de la ciboulette,

Afin qu’il ait meilleur goût !

*

Tout autour de la marmite 

S’agitent les souriceaux

Saisis d’une ardeur subite,

Ne songeant qu’à leur fourneau.

*

Quand le chat, dans la marmite,

S’éveilla soudainement,

Tout le monde prit la fuite.

Il était temps !

*

A courir tête baissée,

On agit comme en sommeil.

Lui, même aux bras de Morphée,

Le matou reste en éveil !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

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Le secret de la bague

photo YG

Un souverain jadis manda les plus grands sages :

*

-Je vais faire sertir un diamant, leur dit-il,

Sur ma bague, et je veux y cacher un message

Qui pourra me servir en cas de grand péril.

Il devra être court, tenir en peu d’espace.

Vous êtes fort savants, tous éminents lettrés,

Sur un haut piédestal en tous lieux l’on vous place,

J’en suis certain, ces mots, vous saurez les trouver !

*

Hélas, ces érudits, experts en toutes sciences.

Bien qu’étudiant leurs livres avec beaucoup d’ardeur,

Ne purent aboutir. Rendu à l’évidence,

Le roi vint en parler à son vieux serviteur.

L’homme l’avait, enfant, élevé comme un père.

Le monarque pour lui avait un grand respect.

*

-Majesté, jai connu un mystique naguère

Et il m’a révélé les mots que vous cherchez.

*

Sur un petit papier, il se mit à écrire

Et lui dit gravement, l’ayant bien replié :

*

-Placez-le dans l’anneau, gardez-vous de le lire,

Et ne l’ouvrez qu’à la dernière extrémité!

*

Or ce jour arriva : des forces étrangères

Conquirent le pays. Le roi dut s’exiler.

Le voilà poursuivi, il tremble, il désespère,

Se voit déjà captif… quand il songe au papier.

*

Quel secret pouvait bien contenir le message ?

Cela aussi passera.Rien que ces trois mots !

Une étrange lueur inonda son visage.

Il ne percevait plus le galop des chevaux.

Les soldats ennemis l’avaient perdu sans doute.

*

Sauvé, il se rendit chez le vieux serviteur

Et le remercia, puis se remit en route,

Rassembla ses armées et revint en vainqueur.

*

Alors que le pays célébrait sa victoire

Il vit tout près de lui le vieillard s’approcher:

*

-Vous voilà, Majesté, au sommet de la gloire.

Il est peut-être temps de lire le papier.

*

-Mais, répondit le roi, tout mon peuple m’adore,

Je suis victorieux et point désespéré !

*

-Il est vrai, dit le sage, mais lisez encore !

*

Le roi lut, et la paix l’inonda tout entier.

AG

(d’après une ancienne histoire racontée par Osho)

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L’arbre tombé (A & A n°66)

Photo Petitalan

Plus amère est la chute à qui monta très haut.

*

Un géant des forêts à la noble stature

A tous vents répétait qu’il était le plus beau.

Sans doute ignorait-il qu’ici-bas, rien ne dure.

On lui avait narré lorsqu’il était enfant,

L’histoire d’un roseau et d’un rouvre superbe.

Il n’y avait pas cru, en sa force confiant.

*

Bien des ans ont passé, or voici que dans l’herbe

Sa tête qui jadis égratignait les cieux

Gît couchée à jamais, inerte, misérable !

*

On raconte qu’un jour, il a fini au feu,

Dans l’âtre d’un rimeur écrivant quelque fable…

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

 

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Le blues de Chantecler

photo YG

Les personnages :

Chantecler, le coq

Pinte et Copette, deux poules

Les poussins

Le décor : la basse-cour

***

PINTE

Qu’as-tu donc, Chantecler, toi dont l’appel sonore

Chaque jour fait s’ouvrir les portes de l’Aurore

Au char du dieu Soleil et ses chevaux ailés ?

Tu as pour toi la gloire et la célébrité ,

On respecte en tous lieux ton pouvoir fantastique.

Alors, me diras-tu, quelle mouche te pique ?

Tu arpentes la cour, l’air sombre, contrarié.

Ton fier cocorico serait-il enrhumé ?

Quelque jeune dindon aurait-il eu l’audace

De comparer ton chant à celui d’une ageasse ?

Toi qui sus te tirer des griffes de Renart,

Toi, le héros sans peur, aurais-tu le cafard ?

Au moins dis quelques mots, décharge ta conscience !

CHANTECLER

Pinte, sur ton honneur, jure-moi par avance

Que jamais à personne tu n’en diras rien !

PINTE

Je le jure sur la tête de mes poussins !

CHANTECLER

C’est un secret bien lourd, à ce point lamentable

Que je vois des rimeurs en tirer quelque fable !

Ils vont me brocarder. Je les entends d’ici.

Je voudrais me cacher ! Ah ! mon règne est fini !

PINTE

                En viendras-tu au fait ?

CHANTECLER

                                                    Oui, puisque tu insistes…

(Silence. Chantecler soupire.))

Ce que je vais t’apprendre est un aveu bien triste…

PINTE

                    Parleras-tu enfin ?

CHANTECLER

                                                       Ce matin, j’ai dormi.

PINTE

Eh bien? La belle affaire ! Serait-ce interdit ?

CHANTECLER

Tu ne m’as pas compris : j’ai failli à ma tâche,

Car je n’ai pas coqueriqué ! Je suis un lâche !

Cela ne serait rien, mais le pire surtout,

C’est que le char d’Hélios est parti malgré tout !

PINTE

C’est ma foi vrai. Comment cela peut-il se faire ?

CHANTECLER

J’ai compris que mon chant n’est pour rien dans l’affaire,

L’Astre n’a nul besoin qu’on lui ouvre les cieux!

Pinte, dans mon orgueil j’ai offensé les dieux !

(Il se met à pleurer)

PINTE

Un instant ! Mais oui, j’y suis, je me le rappelle :

Ton chant m’a tiré du sommeil, je suis formelle !

CHANTECLER

                      Quand ? Ce matin ?

PINTE

                                          Oui, je m’en souviens maintenant.

CHANTECLER

                      Tu dis cela pour me faire plaisir !

PINTE

                                                                                   Attends !

Je vais interroger Copette mon amie.

Copette, réponds-moi franchement, je te prie :

Chacun le sait, tu dors d’un très profond sommeil.

Quel bruit a, ce matin, provoqué ton réveil ?

COPETTE

                       Le cri de Chantecler !

PINTE

(à Chantecler)

                                                          Tu vois, elle est sincère !

Je crois avoir trouvé le fin mot du mystère.

Mais bien sûr ! Réfléchis voyons, c’est évident :

C’est que tu as coqueriqué tout en dormant !

Voilà l’explication ! Ne fais donc plus la tête !

Haut les cœurs, Chantecler, redresse une peu la crête !

CHANTECLER

Mais oui, c’est donc cela ! Ouf ! Je suis soulagé !

(Après un long silence, songeur, se parlant à lui-même)

Comment dans mon sommeil puis-je coqueriquer ?

(Voyant les poussins qui viennent vers lui, il prend un air martial.)

CHOEUR des POUSSINS

Messire Chantecler, grâces vous soient rendues !

Voici par votre chant la clarté revenue !

Vous êtes notre Père au renom sans égal.

Pour ouvrir l’oeil, la Terre attend votre signal.

Chantons, chantons plus fort, que l’Univers le sache,

Et révère à jamais votre illustre panache !

(bis)

(Les poussins saluent et se sauvent en piaillant.)

FIN

AG

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La manifestation (A&A et Cie n°65)

photo Petitalan

Nous partîmes cinq cents…“*

*

Le coq n’avait chanté, que nous étions en marche.

Notre foule, arborant ombrelles et chapeaux,

Plus nombreuse toujours montait comme à l’assaut.

J’allais, guidant leurs pas, j’étais leur patriarche.

*

Que chacun portait beau, n’en déplaise à Corneille,

Les jeunes et les vieux unissant leurs destins

Allant du même pied sur le même chemin !

Jamais on n’avait vu fraternité pareille.

*

Me voici bienheureux que se lève le voile

Sur un fait glorieux bien souvent ignoré :

Ah, vous nous auriez vus, partis revendiquer,

Sous l’obscure clarté qui tombait des étoiles !

*

Je comprends, chers lecteurs, que ces vers vous intriguent :

Je voulais simplement attirer l’attention,

Nous n’étions pas cinq cents, je n’étais pas Rodrigue,

Juste faire entendre la voix des champignons !

AG

*Clin d’œil au Cid acte IV, scène III

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

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Le blog de Petitalan

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Océanique

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