Le merle et les tourterelles (A&A et Cie n°) 69)

photo Petitalan

Un merle s’adressait à la gent tourterelle :

-Si de votre beauté chacun fait compliment,

Admettez toutefois, charmantes demoiselles,

Que votre babillage est des plus affligeants !

Vous roucoulez, dit-on, c’est le nom que l’on donne

Aux quelques pauvres notes que vous modulez,

Mais vous en conviendrez : qu’elles sont monotones,

Sans imagination, sans flamme et sans couleur !

Il vous faut urgemment faire des vocalises.

Vos cou-couh répétés, que vous savez par cœur,

De l’avis général passent la norme admise !

Par contre, moi, je peux vous apprendre à chanter.

Je sais siffler, flûter, j’appelle, je babille,

Les humains disent que parmi tous les oiseaux,

Et pourtant nous sommes une grande famille,

C’est mon chant qu’ils préfèrent et qu’il est le plus beau.

*

-Qui es-tu pour juger ? dirent le tourterelles,

Et de quel droit viens-tu troubler notre sommeil ?

Il y a trop de gens comme toi, firent-elles,

Sûrs de leur fait, qui veulent changer leurs pareils !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

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Le sourire de Perrette (A&A et Cie n°68)

photo Petitalan

Perrette on s’en souvient, ayant, la malheureuse,

Par excès de transport, brisé son pot au lait,

Se mit à réfléchir. Elle était courageuse,

Et forma le dessein de passer sans délai 

Au concret plutôt que par châteaux en Espagne !

*

Plusieurs banques l’ayant reçue à bras fermés,

Elle se mit alors à courir la campagne,

Cherchant des associés pour monter un projet :

*

Groupons-nous, mes amis, et vendons par nous-mêmes

Les beaux et bons produits, fruits de notre labeur !

Fi des intermédiaires, et finis les problèmes !

*

Son discours séduisit plus d’un agriculteur.

On créa des marchés. L’un vendait ses fromages,

Un autre du jambon, le meunier son pain frais…

Le bruit s’en répandit dans tout le voisinage,

Et même bien plus loin ! Perrette souriait

En voyant, tout penaud, acheter ses légumes,

Le banquier qui l’avait éconduite autrefois.

*

Cher Jean de La Fontaine, pardonnez ma plume,

Ce sourire valait bien quelques vers, je crois.

AG

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Les souris qui voulaient manger le chat (A&A et Cie n°67)

Cet article est programmé.

 

photo YG

Le chat dort dans la marmite !

Murmurent les souriceaux.

Allumons du feu bien vite,

Faisons rôtir ce bourreau !

Cependant qu’il prend ses aises,

Allons ramasser du bois

Ensuite cherchons des braises

Chez le maître, en tapinois.

Il faudrait, dit Souricette,

Des carottes et puis surtout

Du sel, de la ciboulette,

Afin qu’il ait meilleur goût !

*

Tout autour de la marmite 

S’agitent les souriceaux

Saisis d’une ardeur subite,

Ne songeant qu’à leur fourneau.

*

Quand le chat, dans la marmite,

S’éveilla soudainement,

Tout le monde prit la fuite.

Il était temps !

*

A courir tête baissée,

On agit comme en sommeil.

Lui, même aux bras de Morphée,

Le matou reste en éveil !

AG

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Le secret de la bague

photo YG

Un souverain jadis manda les plus grands sages :

*

-Je vais faire sertir un diamant, leur dit-il,

Sur ma bague, et je veux y cacher un message

Qui pourra me servir en cas de grand péril.

Il devra être court, tenir en peu d’espace.

Vous êtes fort savants, tous éminents lettrés,

Sur un haut piédestal en tous lieux l’on vous place,

J’en suis certain, ces mots, vous saurez les trouver !

*

Hélas, ces érudits, experts en toutes sciences.

Bien qu’étudiant leurs livres avec beaucoup d’ardeur,

Ne purent aboutir. Rendu à l’évidence,

Le roi vint en parler à son vieux serviteur.

L’homme l’avait, enfant, élevé comme un père.

Le monarque pour lui avait un grand respect.

*

-Majesté, jai connu un mystique naguère

Et il m’a révélé les mots que vous cherchez.

*

Sur un petit papier, il se mit à écrire

Et lui dit gravement, l’ayant bien replié :

*

-Placez-le dans l’anneau, gardez-vous de le lire,

Et ne l’ouvrez qu’à la dernière extrémité!

*

Or ce jour arriva : des forces étrangères

Conquirent le pays. Le roi dut s’exiler.

Le voilà poursuivi, il tremble, il désespère,

Se voit déjà captif… quand il songe au papier.

*

Quel secret pouvait bien contenir le message ?

Cela aussi passera.Rien que ces trois mots !

Une étrange lueur inonda son visage.

Il ne percevait plus le galop des chevaux.

Les soldats ennemis l’avaient perdu sans doute.

*

Sauvé, il se rendit chez le vieux serviteur

Et le remercia, puis se remit en route,

Rassembla ses armées et revint en vainqueur.

*

Alors que le pays célébrait sa victoire

Il vit tout près de lui le vieillard s’approcher:

*

-Vous voilà, Majesté, au sommet de la gloire.

Il est peut-être temps de lire le papier.

*

-Mais, répondit le roi, tout mon peuple m’adore,

Je suis victorieux et point désespéré !

*

-Il est vrai, dit le sage, mais lisez encore !

*

Le roi lut, et la paix l’inonda tout entier.

AG

(d’après une ancienne histoire racontée par Osho)

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L’arbre tombé (A & A n°66)

Photo Petitalan

Plus amère est la chute à qui monta très haut.

*

Un géant des forêts à la noble stature

A tous vents répétait qu’il était le plus beau.

Sans doute ignorait-il qu’ici-bas, rien ne dure.

On lui avait narré lorsqu’il était enfant,

L’histoire d’un roseau et d’un rouvre superbe.

Il n’y avait pas cru, en sa force confiant.

*

Bien des ans ont passé, or voici que dans l’herbe

Sa tête qui jadis égratignait les cieux

Gît couchée à jamais, inerte, misérable !

*

On raconte qu’un jour, il a fini au feu,

Dans l’âtre d’un rimeur écrivant quelque fable…

AG

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