Sur le trottoir (A&A n° 42)

IMG_1393photo Petitalan

Un instant délaissés par leurs propriétaires,

Deux vélos bavardaient sur le bord du trottoir,

Quand soudain, sans un bruit, les croisa ventre à terre

Un spectre au teint crayeux. Ils faillirent en choir.

*

-Qui es-tu? cria l’un. Où vas-tu, d’où viens-tu?

-Je ne suis pas d’ici! lança d’une voix blanche

L’inconnu s’éloignant, puis bientôt disparu.

-Reviens, courons tous trois, offre-nous la revanche!

*

Écho ne daigna pas répondre à leurs suppliques,

Les plongeant tous les deux dans un trouble morose

D’où ne put les tirer leur esprit métallique.

*

Depuis ce jour dit-on, les vélos sont muets,

Chacun peut aisément vérifier la chose.

Ce monde est loin d’avoir livré tous ses secrets…

AG

Je vous invite à visiter l’autre version, celle d’Alain Ménez, le jour de la publication,

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Publié dans Alain et l'Autre | 22 commentaires

Voyage

paysage2alain

Si ma plume s’endort à côté du cahier,

En silence, mon cœur, en traverse la page,

Écartant avec soin les lignes du papier

Ainsi que l’on ferait des barreaux d’une cage.

D’un étrange univers il entrouvre la porte.

Il se change en oiseau, met l’habit de gala,

A tire d’aile va, faut-il souffrir, qu’importe,

Se poser près de Toi… de Toi qui n’es pas là.

AG

texte inspiré par un poème de Maurice Fombeure

Publié dans Poèmes | 32 commentaires

Le courroux du Toutou (A & A n° 41) version 2

OLYMPUS DIGITAL CAMERAphoto Petitalan

C’est dans ce restaurant – Je me présente: Élise -

Que Paul, mon fiancé, me donna rendez-vous 

Pour la première fois . La table était exquise,

Les cigales semblaient ne chanter que pour nous.

Qu’il était élégant dans son beau complet gris!

Un collier de rubis ornait mon blanc corsage,

Certes j’avais du chien, c’est lui qui me l’a dit !

Nous vécûmes heureux sans l’ombre d’un nuage,

Jusqu’au jour du trépas… Mais nous nous aimions tant

Qu’il nous fut permis de revenir sur la Terre

Sous les traits d’animaux, c’était le règlement.

Nous avons accepté sans faire de manières, 

Car nous nous adorons comme au premier instant.

Je l’attends pour dîner. Ah! que la vie est belle !

Mais il est en retard, et là c’est un peu long !

Il va m’entendre si j’apprenais qu’aux poubelles

Il est encor’allé ! C’est son péché mignon.

AG

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Publié dans Alain et l'Autre | 29 commentaires

Quelque chose…

Elle marchait, vive, lègère,

En fredonnant une chanson,

On aurait dit une écolière,

Sans souci du qu’en dira-t-on.

Et cette rue étroite et grise,

Au demeurant triste à pleurer,

Devenait pas son entremise

Un boulevard illuminé !

Des papillons multicolores

Dans son sillage voletaient,

Son pas dansant faisait éclore

Toutes les fleurs du mois de mai.

Puis quand au bout de la ruelle,

Son chant ne fut qu’un souvenir,

Sur les vieux murs, sa ritournelle

S’attardait encore à plaisir.

Elle n’était point virtuose,

On n’était pas à l’opéra,

Mais un sourire, quelque chose

Comme un bonheur simple était là.

AG

pause

 Je reprendrai mon blog à la rentrée.

Bel été à vous,

A bientôt !

Publié dans Poèmes | 41 commentaires

Les trois oies

Les 3 oiesphoto YG

Trois oies de bon matin s’en allaient cacardant :

-Au village, dit l’une, hier me promenant…

-Voyons, que dis-tu là, ma bonne Eléonore ?

Village a fait son temps, ce mot chacun l’abhorre !

On parle de nos jours de : complexe rural*.

Enfin, comment peut-on s’exprimer aussi mal ?

Bon, que nous disais-tu ?

                                      -J’ai rencontré le père…

-Père, quelle abjection ! Tu l’entends, Bérangère ?

-Je l’entends, Sidonie, et pour mon grand malheur !

On dit, Eléonore, aujourd’hui : géniteur !

-Ah bon ?

            -Mais poursuis donc !

                                            -De notre boulangère…

-De notre boulangère ! Oh l’abomination !

On dit : l’employée en terminal de cuisson !

-Eh bien, que t’a-t-il dit ?

                                   -Que partout l’on raconte

De joyeux quolibets concernant votre compte 

Et que vos jolis mots font se gausser de vous

La moitié du canton, et je ne dis pas tout !

-Nous méprisons ces gens et leur sot bavardage

Et de loin préférons des docteurs ès langage

Les préceptes savants nous élevant plus haut

Que la foule ignorante du grand et du beau !

-De ce jargon nouveau j’ai aussi connaissance :

Ici coalition devient belligérance,

Là, échec disparaît pour succès différé,

On ne dit plus conclure, on dit finaliser,

Non-encore savoir remplace l’ignorance

Et l’inattention, c’est l’hypovigilance !…

Que ce galimatias reste là où il est,

Je craindrais trop, mes sœurs, que l’on me rie au nez !

L’euphémisme a son prix, mais pour dire la chose,

A trop forcer le trait, aux lazzis l’on s’expose.

AG

*Petit clin d’oeil au langage dit « politiquement correct »

 

Publié dans Fables | 36 commentaires