Quelque chose…

Elle marchait, vive, lègère,

En fredonnant une chanson,

On aurait dit une écolière,

Sans souci du qu’en dira-t-on.

Et cette rue étroite et grise,

Au demeurant triste à pleurer,

Devenait pas son entremise

Un boulevard illuminé !

Des papillons multicolores

Dans son sillage voletaient,

Son pas dansant faisait éclore

Toutes les fleurs du mois de mai.

Puis quand au bout de la ruelle,

Son chant ne fut qu’un souvenir,

Sur les vieux murs, sa ritournelle

S’attardait encore à plaisir.

Elle n’était point virtuose,

On n’était pas à l’opéra,

Mais un sourire, quelque chose

Comme un bonheur simple était là.

AG

pause

 Je reprendrai mon blog à la rentrée.

Bel été à vous,

A bientôt !

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Les trois oies

Les 3 oiesphoto YG

Trois oies de bon matin s’en allaient cacardant :

-Au village, dit l’une, hier me promenant…

-Voyons, que dis-tu là, ma bonne Eléonore ?

Village a fait son temps, ce mot chacun l’abhorre !

On parle de nos jours de : complexe rural*.

Enfin, comment peut-on s’exprimer aussi mal ?

Bon, que nous disais-tu ?

                                      -J’ai rencontré le père…

-Père, quelle abjection ! Tu l’entends, Bérangère ?

-Je l’entends, Sidonie, et pour mon grand malheur !

On dit, Eléonore, aujourd’hui : géniteur !

-Ah bon ?

            -Mais poursuis donc !

                                            -De notre boulangère…

-De notre boulangère ! Oh l’abomination !

On dit : l’employée en terminal de cuisson !

-Eh bien, que t’a-t-il dit ?

                                   -Que partout l’on raconte

De joyeux quolibets concernant votre compte 

Et que vos jolis mots font se gausser de vous

La moitié du canton, et je ne dis pas tout !

-Nous méprisons ces gens et leur sot bavardage

Et de loin préférons des docteurs ès langage

Les préceptes savants nous élevant plus haut

Que la foule ignorante du grand et du beau !

-De ce jargon nouveau j’ai aussi connaissance :

Ici coalition devient belligérance,

Là, échec disparaît pour succès différé,

On ne dit plus conclure, on dit finaliser,

Non-encore savoir remplace l’ignorance

Et l’inattention, c’est l’hypovigilance !…

Que ce galimatias reste là où il est,

Je craindrais trop, mes sœurs, que l’on me rie au nez !

L’euphémisme a son prix, mais pour dire la chose,

A trop forcer le trait, aux lazzis l’on s’expose.

AG

*Petit clin d’oeil au langage dit « politiquement correct »

 

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Marathon (A & A n°40)

160403 MC 019photo Patitalan

Courir le monde

Certes, il est maintes façons

De courir le vaste monde,

Et nul n’ignore leurs noms

Qui circulent à la ronde.

Courir après le temps

Courir à perdre haleine

Il est ceux, après le temps,

Qui courent à perdre haleine,

Ils filent comme le vent

Et vous les voyez à peine.

Courir à sa perte

D’autres ayant cru qu’ailleurs

L’herbe était belle et plus verte,

En espéraient le meilleur,

Mais on couru à leur perte.

Courir deux lièvres à la fois

Qui veut courir à la fois

Plus d’un lièvre s’expose

A récolter quelquefois

Plus d’épines que de roses !

Courir après la gloire, les honneurs

Courir tête baissée

Poursuivre gloire et honneurs,

Y courir tête baissée

Peut provoquer bien des heurts

Au sein de la maisonnée.

Courir le guilledou

Mais sur un thème plus doux,

Implorant bonne fortune,

Certains vont le guilledou,

Courir à deux sous la lune.

Courir à la catastrophe

Et que dire du rimeur,

Qui ahane sur la strophe,

Et qui pour ses droits d’auteur

Las ! court à la catastrophe ?

Un bruit court

On a vu courir des bruits

Par les villes et campagnes,

Hier qui étaient souris,

Et sont aujourd’hui montagnes.

Courir le risque

Enfin pour ne pas courir

Par un trop long bavardage

Le risque de vous voir fuir,

Chers Lecteurs, je clos la page !

AG

Je vous invite à visiter l’autre version, celle d’Alain Ménez, le jour de la publication,

sur le site :

Le blog de Petitalan

 

 

 

Publié dans Alain et l'Autre | 25 commentaires

La grenouille et les deux taureaux

Le combat de taureaux et la grenouillephoto YG

Deux taureaux se battaient. La lutte faisait rage.

Les monstres écumants rivalisaient de coups.

En les apercevant, depuis son marécage,

Une grenouille fit: -Malheureuses de nous !

-Qu’as-tu ? lui demanda l’une de ses amies.

De qui l’emportera, commère, peu me chaut !

Ils sont loin de surcroît !

-Oh moi, je me méfie !

Le vainqueur, je le sais, conduira le troupeau

Par-delà les grands bois dans les verts pâturages,

Mais l’autre, le vaincu, hantera nos marais,

Il nous écrasera, causera grands dommages.

Des nôtres périront. Nous n’aurons plus de paix !

Déjà, Phèdre en son temps

Disait cette injustice :

Des querelles des grands

Les plus faibles pâtissent.

AG

D’après une fable ancienne

Publié dans Fables | 30 commentaires

Conter sous la pluie 2

CHATSPLUIEaLAIN

-Elle est incroyable, votre histoire ! Quelle chance que nous vous ayons rencontrés !… Voilà, j’ai tout noté… La maîtresse va être contente, elle qui nous avait demandé d’écrire un conte merveilleux ! Dommage qu’il pleuve ; mon cahier est tout mouillé ! Alors c’est là qu’elle était cette grande maison ?

-Non, ce n’était pas une maison, c’était un sâteau, un très zoli sâteau avec des tours et un donzon ! Pas vrai Pelusse ?

-Ch’est vrai ! Et des murailles hautes comme cha, comme les grands peupliers que tu vois, là-bas !

-Tu les as vues, toi, Peluche ?

-Non, ch’est notre arrière-papi qui nous l’a raconté. Depuis, tout a disparu, ch’est dommache … Ch’est un chardin public maintenant.

-Tu sais si le donjon était rond ou carré ? Parce que j’aimerais bien faire aussi le dessin du château.

-Ça, il ne nous a pas dit… Mais l’intérieur était très beau, avec des tentures et des obzets précieux partout !

-Et votre arrière-papi, qu’est-ce qu’il faisait dans ce château ?

-Il était le mazordome. Il avait fière allure avec son sapeau à plume, ses bottes et son épée au côté ! On a un tableau de lui à la maison. C’était un personnaze très z’important !

-Oui, le plus important après le marquis de Carabas… et sa dame évidemment !

-Je comprends, après tout ce qu’il avait fait pour son maître, il lui devait bien ça ! Merci mes amis, merci beaucoup ! Restez sous le parapluie, nous allons vous reconduire chez vous. Au fait, où habitez-vous ?

-Zuste à côté, rue Sarles Perrault !

AG

Texte dézà paru en 2012.

 

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