Le chat peureux (A&A et Cie n°64)

photo Petitalan

« J’ai entendu un bruit ! Je ne vais plus bouger.

On ne me verra pas, tapi dans la verdure.

Ma mère maintes fois me l’a recommandé :

Si tu ne peux t’enfuir, fonds-toi dans la nature !

Pour tromper l’ennemi, je vais fermer les yeux.

Alors, vous vous direz : ce chat n’est pas si bête !

Car dans le noir complet, ce sera encor’ mieux,

Qui pourrait bien le voir ? Moi, j’en ai dans la tête !« 

.

Ainsi soliloquait au beau milieu d’un pré,

Tremblant de peur, un chat. Pourtant, nulle menace

Ni de près ni de loin n’aurait dû l’inquiéter.

Deux paisibles chevaux y broutaient l’herbe grasse,

Et devisaient gaiement, quand lui lança  l’un d’eux:

.

« Minet, tu fais bien l’autruche,

Mais si tu n’ouvres les yeux,

Gare aux embûches ! »

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

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Océanique

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L’ânesse, la poule et la chèvre (A&A et Cie n°63)

photo YG

La poule un jour dit à l’ânesse :

-Ne vas-tu pas te taire enfin ?

De braire n’as-tu point de cesse !

Tu as réveillé mes poussins !

Les murs de mon poulailler tremblent,

Et c’est ainsi chaque matin.

Ne pourrais-tu pas, il me semble,

A tout ce bruit mettre le frein ?

Au moins réduire le volume,

Et changer d’air pour une fois.

Celui-là hérisse mes plumes.

Va donc hurler au fond du bois !

*

-Ô Ciel ! Voyez cette l’ignorante 

Imperméable à la beauté !

Mais je ne hurle pas : je chante !

*

-Et moi je ponds des œufs carrés !

*

-Moque-toi ! Oui, je vocalise

Et l’on dit que mon chant est beau !

*

-Je ne vois là que vantardise.

Qui donc l’affirme ? Les corbeaux ?

*

-Et toi, quand je fais méridienne,

Qui vient caqueter sous mon nez !

*

-Entendu. Qu’à cela ne tienne :

Devant un juge allons plaider !

*

Ce juge était en l’occurence

Une chouette des environs

Qui leur prescrit la tolérance

Contre leurs derniers ducatons.

Les deux plaideurs, la tête basse,

Regrettant leurs transports passés,

Firent la paix, de guerre lasse.

Une chèvre vint à passer.

*

-Nous voilà ruinés ! fit l’ânesse.

*

-Hélas, dit l’animal bêlant,

Sans doute une experte en sagesse,

Il fallait y songer avant !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

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Océanique

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La grande surface

photo YG

Histoire en parlanjhe du Sud de la Vienne*

L’Octavie raconte à la Jheanne qu’al a été faire ses commissions au nouveau magasin qui vint d’ouvri’ à Taupignac.

« I rent’ la-d’dans : ma paur’ Jheanne, o y en avait daus affaires peurtout, et par terre, et sû daus étaghères, en haut, en bas, peurtout, t’arais vu thieu ! Et pis surtout ce qui m’a pas fait piaizi, ol’est que quand i ai rentré, peursounne m’a dit bonjhour. L’alliant, le veniant, coumme si i étais pas là. Et pis o y avait de la lumière pis qu’en pien jhour, de la musique qui me cassait les oreilles ! Le d’vant pas payer l’ictricité dezard ! O y a pas besoin d’ musique peur ach’ter une bouète de ciraghe!

Les ghens aviant daus chariots à roulettes et pis le mettiant daus affaires dedans, sans payer, rin ! Le passiant à couté daus tomates, l’en preniant un kilo, et pis après ol’tait dau pain ou bin de la lessive. Tout était mélanghé ! Ol’est pas coumme chez la mère Colin, nout’ épicière !

Moué, i étais là au mitant de tout thieu et i savais pas qui faire. I ai attendu, attendu, mais peursounne venait peur me servir. Alors, i ai torné les talons, i ai laissé le chariot au mitant de la piace et i seus ressortie ! I ai dit au revoir, mais encore une foués, peursounne m’a répond. M’est avis qu’ol est pace que l’compeurnons pas nout’ patois dezard ! »

AG

paur’ : pauvre

thieu : ça

piaizi : plaisir

mitant : milieu

peur : pour

dezard : sans doute

Extrait de : Nouvelles histouères dau villajhe de la Beurlandrie

Si vous souhaitez voir le livre, cliquez ICI.

*Résumé du texte en français :

Octavie se rend pour la première fois dans un supermarché. Elle est désagréablement surprise par la trop grande quantité de marchandises, l’éclairage et la musique qui lui semblent inutiles et surtout le fait que personne ne lui prête attention. En observant les clients qui vont et viennent, elle espère vainement que quelqu’un vienne la servir. Lasse d’attendre, elle sort du magasin sans rien avoir acheté. Elle dit au revoir, mais là encore personne ne lui répond. C’est sans doute, se dit-elle, à cause de mon patois qu’ils ne comprennent pas !

 

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Le pigeon sarcastique (A&A et Cie n° 62)

photo Petitalan

Certain Pigeon qui battait le pavé,

De-ci de-là, cherchant pitance,

S’immobilisa soudain contrarié:

*

-Mais qui donc a l’impertinence

De venir céans ravir mon soleil !

*

Pour un peu, on eût cru entendre

Le propos célèbre, en un cas pareil,

De Diogène à Alexandre !

*

Mais non, dans cette fable, cher lecteur,

Hormis ce pigeon sarcastique,

Vous ne trouverez aucun empereur,

Juste deux filles sympathiques

Qui pour twiter au mieux sur leur écran,

Ont ouvert grand les parapluies !

*

La colère de l’oiseau mécontent

De réponse ne fut suivie.

S’il se fût exprimé courtoisement,

Il aurait gagné un sourire,

Peut-être même un gentil compliment…

*

Civilité ne peut nuire.

AG

Avec mes meilleurs vœux de belle et heureuse année,

je vous invite à lire, inspirée par la même image,

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Le blog de Petitalan

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Océanique

 

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Le héron et les cigognes (A&A et Cie n° 61)

photo Petitalan

-Regardez, mes consœurs, qui vient à nous céans !

Avez-vous déjà vu, ou imaginé même,

Telle, disons le mot : figure de carême ?

Cet accoutrement gris, quoi de plus attristant ?

*

Une autre poursuivit : -Sait-il au moins parler ?

Lorsque-moi-m’exprimer, ma-langue-toi-comprendre ?

Pourtant je parle fort, il aurait dû m’entendre !

Il est peut-être sourd ou pis encor’ muet ?

*

Certaines murmuraient : -C’est sans doute un oiseau

En cavale évadé d’une ménagerie.

Peut-être est-il porteur de quelque maladie.

S’il était dangereux ? On lit dans les journaux…

*

-Trève de bavardage, écoutez-moi plutôt !

Leur lança le héron. Mesdames les cigognes,

Je viens de voir tantôt des humains sans vergogne

Qui vous cherchent pour vous enfermer au zoo.

Prenez donc votre envol, et fuyez promptement !

*

A parler sans savoir, on se trompe souvent.

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

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Océanique

 

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