Même pas peur ! ( A & A et Cie n° 82 )

photo Alain Ménez

« L’humain, dit l’échassier, en son for intérieur,

Me connaît donc bien mal : cet oiseau métallique

Fiché sur un bâton ne saurait me faire peur.

Vraiment, la mise en scène est plutôt pathétique !

Mes amis les canards n’en ont cure non plus

Qui brillent comme moi par leur intelligence.

Regardez-les nager, lorgnant d’un œil goulu

Le poisson qui prospère ici en abondance ! »

*

Une ombre tout à coup passa dans le ciel clair.

Chacun de déguerpir à l’abri du feuillage.

Le rapace un moment tournoya dans les airs,

Puis s’en fut, l’œil brillant, là-haut dans les nuages.

*

Le voyant s’éloigner, notre héron se dit

Qu’à bien y réfléchir, trop d’assurance nuit.

AG

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Un accident (A & A et Cie n° 81)

A notre insu, la nuit, les arbres se déplacent.

On m’en avait parlé, je ne l’avais pas cru.

Fatigués de rester tout le jour à leur place,

Ils quittent leurs pénates, et ni vu ni connu !

Aux premières lueurs, ils accourent bien vite

Afin de regagner leur poste déserté.

Du bout de l’horizon, chacun se précipite

Car le moindre retard n’est pas autorisé.

Et tout est bien ainsi. Nul n’y trouve à redire.

Ou plutôt : « n’y trouvait« , jusqu’à cet accident.

On ne pouvait rien certes imaginer de pire :

Filant sur ses grands pieds, un colosse, un géant,

Vint malgré lui heurter au milieu du village

La statue érigée au poète local,

Un magicien des mots, prince du beau langage.

Au monument, le choc faillit être fatal,

Mais la force du verbe eut raison de l’obstacle

Et découpa le tronc tout autour du héros.

Au matin, l’on put voir cet étrange spectacle :

Ne mésestimons pas la puissance des mots.

AG

photo Alain Ménez

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Le beau livre

Le beau livre

Relié de cuir, doré sur tranche,

Sous un monceau de vieux papiers,

Il dormait au fond du grenier.

*

Le geste lent, elle se penche,

Et le saisit de ses doigts gourds.

Vieillir est une chose étrange,

Les ans raidissent les phalanges.

Aujourd’hui, comme il paraît lourd !

*

« Il l’était moins dans mon jeune âge,

Quand je venais là me cacher

Pour lire au calme et y rêver…« 

*

Son enfance est là, dans ces pages :

Des chevaux fougueux dans la plaine

Galopent la crinière au vent,

Une princesse en soupirant

Songe à son prince à la fontaine…

Tout autour d’elle est enchanteur,

Elle a huit ans, la vie est belle !

En robe blanche de dentelle,

Elle danse parmi les fleurs…

*

Soudain, des petits pas qui montent :

– C’est moi ! Mamie, tu es là-haut ?

Fais voir ton livre, oh ! qu’il est beau !

S’il te plaît, tu me le racontes ?

AG

 

Publié dans Poèmes | 47 commentaires

Bien avant l’internet

Je soulève le voile

Et vous le dis tout net :

J’ai inventé la toile

Bien avant l’internet !

*

Admirez ma parure :

Un habit de gala, 

Et puis l’architecture

Du réseau que voilà !

*

J’y croque en souveraine

Qui s’y vient fourvoyer.

Ne suis-je, en mon domaine,

Pas la seule à régner ?

AG

 

Publié dans Humour | 24 commentaires

Scène de ménage (A & A et Cie n°80)

photo YG

̶ Chantecler mon ami, n’y voyez pas malice !

Certes j’eus autrefois pour cet individu…

̶ Ce coq nain, ce minus! Quoi ? Cet être duplice ?

̶ Oui, j’eus quelques bontés. Voilà, n’en parlons plus !

̶ Ne le revîtes-vous pas à la nuit tombée ?

Hier, n’étiez-vous pas à la mare aux canards

Avec lui ? Vous riiez à gorge déployée !

Je sais qu’on vous a vus.

̶ Et qui nous vit ?

̶ Renard.

̶ Vous le crûtes ? Ma foi, je vous savais candide,

Mais pas au point de vouloir battre des records !

N’en parlez à personne, on vous dirait stupide !

Renard se rit de vous. Reconnaissez vos torts !

̶ Renard est mon ami !

̶ Ne tombez sous sa patte !

̶ Avec lui j’ai conclu un pacte fraternel.

̶ Avez-vous oublié que vous lui échappâtes

En décembre dernier au dîner de Noël ?

̶ C’était un quiproquo, j’avais mis un costume,

Un gibus, et il ne m’avait pas reconnu.

̶ N’empêche que vous y laissâtes quelques plumes !

̶ Il m’a dit qu’il en était honteux et confus.

̶ Le voici justement vers nous deux qui s’avance.

Je m’envole, restez si le cœur vous en dit !

̶ Sur le toit je vais me poster en surveillance.

̶ De ma part, veuillez saluer votre ami !

̶ Mais ce maudit coq nain, l’aimâtes-vous, Copette ?

Répondez franchement, allons parlez sans fard !

̶ Je ne vous dirai rien. Menez donc une enquête,

Ou mieux encor’ : allez demander à Renard !

La querelle se poursuivit jusqu’à l’aurore.

Tybert le chat m’a dit qu’elle durait encore !

Quant à moi, je me garde bien de m’en mêler,

Ne sachant dans quel camp niche la vérité.

AG

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