La grande surface

photo YG

Histoire en parlanjhe du Sud de la Vienne*

L’Octavie raconte à la Jheanne qu’al a été faire ses commissions au nouveau magasin qui vint d’ouvri’ à Taupignac.

« I rent’ la-d’dans : ma paur’ Jheanne, o y en avait daus affaires peurtout, et par terre, et sû daus étaghères, en haut, en bas, peurtout, t’arais vu thieu ! Et pis surtout ce qui m’a pas fait piaizi, ol’est que quand i ai rentré, peursounne m’a dit bonjhour. L’alliant, le veniant, coumme si i étais pas là. Et pis o y avait de la lumière pis qu’en pien jhour, de la musique qui me cassait les oreilles ! Le d’vant pas payer l’ictricité dezard ! O y a pas besoin d’ musique peur ach’ter une bouète de ciraghe!

Les ghens aviant daus chariots à roulettes et pis le mettiant daus affaires dedans, sans payer, rin ! Le passiant à couté daus tomates, l’en preniant un kilo, et pis après ol’tait dau pain ou bin de la lessive. Tout était mélanghé ! Ol’est pas coumme chez la mère Colin, nout’ épicière !

Moué, i étais là au mitant de tout thieu et i savais pas qui faire. I ai attendu, attendu, mais peursounne venait peur me servir. Alors, i ai torné les talons, i ai laissé le chariot au mitant de la piace et i seus ressortie ! I ai dit au revoir, mais encore une foués, peursounne m’a répond. M’est avis qu’ol est pace que l’compeurnons pas nout’ patois dezard ! »

AG

paur’ : pauvre

thieu : ça

piaizi : plaisir

mitant : milieu

peur : pour

dezard : sans doute

Extrait de : Nouvelles histouères dau villajhe de la Beurlandrie

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*Résumé du texte en français :

Octavie se rend pour la première fois dans un supermarché. Elle est désagréablement surprise par la trop grande quantité de marchandises, l’éclairage et la musique qui lui semblent inutiles et surtout le fait que personne ne lui prête attention. En observant les clients qui vont et viennent, elle espère vainement que quelqu’un vienne la servir. Lasse d’attendre, elle sort du magasin sans rien avoir acheté. Elle dit au revoir, mais là encore personne ne lui répond. C’est sans doute, se dit-elle, à cause de mon patois qu’ils ne comprennent pas !

 

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27 réponses à La grande surface

  1. gazou dit :

    C’est une conversation savoureuse.
    Bonne soirée !

  2. trublion dit :

    et oui, mais c’ est moins cher et on trouve tout sur place !2sb0uxe.jpg

  3. Livia dit :

    C’est peut-être très savoureux comme le dit gazou, mais je t’avoue que j’navions point compris!
    Amicalement

  4. PHILIPPE D dit :

    J’ai trop de mal à déchiffrer pour comprendre quelque chose…
    Bon dimanche.

  5. Aloysia* dit :

    C’est étonnant, il y a des relations avec le patois berrichon (“histouère”, mais il est vrai que c’est un classique du français croquant, les canadiens en ont hérité), mais beaucoup de différences aussi, comme ces “i ai” et ces “ol est”, qui surprennent ! Par contre je me demande comment il faut prononcer un jhe ou un ghe ? 😮 ❓

  6. tachka dit :

    J’ai ri en lisant ce patois bien moins compliqué que certains surtout le charentais !!!! mais hélas ces parlers là se perdent, les jeunes ne s’en servant pas et les z’âgés s’en vont sans le transmettre….
    Bonne fin de semaine.

  7. pimprenelle dit :

    Je l’ai bien vu Octavie et j’avoue que, parfois, c’est un peu ma réaction. Je n’aime pas faire les courses et de plus il faut toujours courir après un truc qui n’est pas à sa place habituelle etc … Et puis, la relation qui manque. Tu as bien répertorié ! Savoureux.
    Habituée à lire, un peu, et à entendre, un peu aussi du patois qui n’est pourtant pas le même mais on s’y retrouve !
    Bonne nuit Alain.

  8. dom dit :

    J’adore !
    Tiens, au fait, mes ex-beaux parents n’habitaient pas la beurlandrie, mais ballandière !
    Ensuite à linazay, tu dois connaitre …
    Ton octavie a vite fait de juger l’impersonnalité des grandes surfaces et il vaut mieux qu’elle continue l’aller chez la mère colin.
    Aneu o fait aussi nègre qu’hier, le souleil se rappelle pus qu’y avons bzin d’li pour chauffer un peu nos vieilles carcasses …
    I te souhaite un bon dimanche et te bijhe su les deux jottes, comme de ma boune pâte, mon ami alain.
    rien-faire-53c4ec7.jpg
    PS : belle photo d’Y : i la bighe l’ai tout

  9. PHILIPPE D dit :

    Ah là ! je comprends mieux !
    Je n’aime pas les grandes surfaces non plus et je comprends que quand on y entre pour la première fois on soit déboussolé !

  10. Monique dit :

    Je lis sans problème “mon patois” que je parle encore lorsque je suis avec mes tantes.
    Je ne sais pas l’écrire.
    Merci pour cette histoire savoureuse.
    I t’bighe ben, buone jhournée au chaud pasqu’aneu o cheu des cordes, beurnoncio…

    • alain dit :

      Pour ce qui est de l’orthographe, il y a bien des normes qui ont été fixées pat les linguistes, mais chacun peut écrire à sa façon. Je crois qu’il est surtout important de se rapprocher le plus possible de la prononciation.
      I t’bijhe mo tou!

  11. liedich dit :

    Merci Copain. J’adore. Quelques mots mis à part, c’est facile de comprendre. Mais ce que j’aime aussi, c’est les réflexion de la dame. Une époque ! Nostalgie. Belle journée à Vous en vous souhaitant le soleil que nous n’avons pas; douceur du jour. Charlotte et Michel.

  12. Maria-Dolores dit :

    Heureusement que la traduction m’a aidé à comprendre car au premier texte désolée je n’ai rien compris …un beau partage douce journée l’ami

  13. Blanche dit :

    Bonsoir Alain,
    Je n’ai pas eu besoin de lire la traduction en français pour comprendre l’immense désarroi
    de cette pauvre dame qui rentrait pour la première fois dans ce monde inhumain et froid du supermarché ! je te dis bravo de continuer à faire vivre cette langue si expressive !
    Bisous
    Blanche

  14. Océanique dit :

    Savoureux mais en même temps en patois ou en français j’ai de la peine pour cette Octavie dépassée.
    En même temps c’est la responsabilité de l’auteur de l’avoir fait quitter sa petite épicerie pour la mener au grand magasin.
    En même temps il n’y a peut-être plus de petite épicerie.
    Alors Alain prend Octavie par la main et montre lui comment ça se passe Tu connait le patois et le français. Allez bon courage.
    Moi j’ai trouvé ça savoureux même sans sous-tirage.
    Bises en amitié

  15. Océanique dit :

    Tu connais aussi l’ortographe qui apparemment m’a quittée
    Désolée

  16. Marie dit :

    Super, je me suis régalée et mon mari aussi, il adore dire des histoires en patois!

  17. Solange dit :

    Moi j’ai très bien compris, c’est intéressant à lire.

  18. Une histoire savoureuses que j’ai réussi à comprendre.
    Merci Alain de faire vivre le patois de ton coin.
    Bisous bisous

  19. EvaJoe dit :

    C’est certain qu’en sortant d’un magasin de campagne se retrouver dans une grande surface on doit vite être dépaysé. J’ai bien aimé le passage ou dans le chariot tout est mélangé…

    Bon j’ai réussis malgré tout à comprendre le sens de ton texte en patois, j’en suis fort contente, rire…

    Il est grand temps que je te souhaite à toi et à ta femme mes vœux de Joie santé bonheur pour cette nouvelle année, Mon chéri se joint à moi pour les transmettre à vous deux.

    Bisous et à bientôt

    EvaJoe

  20. Sonya 972 dit :

    Ce n’est pas la grande forme pour moi
    Je te souhaite une bonne semaine
    Beaucoup de bonheur pour toi et ton épouse
    Gros bisous

  21. francine dit :

    Bonjour, une histoire qui vient à point nommé à l’heure où les grandes surfaces ont du plomb dans l’aile; je te souhaite une bonne journée et meilleurs voeux pour 2018

  22. luciole 83 dit :

    Coucou Alain
    Et bien, j’ai tout compris !
    Me souviens du jour où je suis sortie de la minuscule épicerie de par chez maman …. toute jeune mariée… pour une (toute petite) “Grande-Surface” comme on disait à cette époque, juste en bas de “l’HLM”, pour la 1ère fois de ma vie…. qui m’a parut bien grande et surtout encombrée…( c’est tout juste si on avait la place de passer en chariot !)… et là, je rejoins Octavie : (c’était exaltant, certes…mais … ) c’était totalement dépaysant .. tout comme ce paysage de barres d’immeubles qui l’entouraient ! … Une gentille vie de quartier composé de pavillons où tout le monde se connaissait, pour une cité totalement inhumaine de solitude de “gratte-ciel” de 5 étages fort laids en béton … sans ascenseur ! Octavie, quoi !
    Merci pour ce billet savoureux et bisous

  23. marine D dit :

    Trop rigolote, je retrouve un peu la Mère Denis qui nbous faisait tant rire avec ses lessives !
    Bises Alain, merci d’être passé au Jardin
    Marine D

  24. Coucou Alain , j’adore ce dialogue , mais j’avoue que je me suis un peu perdu en route , c’est dommage que ce patois soit un peu oublier ..Merci ami pour ce bon moment que j’aime ..
    Amitié des US …
    Bisous

  25. dom dit :

    S’cuse de ne pas venir plus souvent, mais, en ce moment, je me régale, grâce à toi !
    A haute voix, je lis et thierry adore, lui aussi car, apparemment, il comprend beaucoup mieux phonétiquement qu’en lisant.
    C’est que du plaisir, sincèrement.
    Bon week end, qui s’annonce sibérien !
    Bisoux, cher alain
    soleil-5402b9f.jpg

  26. Alain, je suis morte de rire bien que ce texte est un tantinet dramatique sur l’évolution des choses !
    Et, juré craché, j’ai tout lu en patois …Finalement, ça se comprend bien ! (Mieux que je ne l’aurais imaginé !)

    Tout cela m’a quand même bien donné la nostalgie de nos épiciers et marchands d’autrefois …Nous ne manquons toutefois pas une occasion de nous y rendre encore, délaissant le plus possible ces grandes surfaces sans saveur (pour le palais et le coeur !!!)

    Vous allez bien tous les deux par ce froid ? Enormes bisous : sabine

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