D’où la nécessité de bien apprécier (A&A n° 51)

photo Petitalan

Dur métier

-Monsieur le commissaire, ils étaient deux garçons.

J’écrivais un roman. C’étaient mes personnages.

Voilà qu’ils sont partis comme deux polissons, 

A la cloche de bois, ont quitté le village !

Je vous prends à témoin : que peut faire un auteur

Dans ma situation ? Je sais bien qu’à cet âge,

On est inconséquent. Mais lui, mon éditeur,

N’en a cure, et sans eux, me voici au chômage !

Enquêtez, je vous prie, trouvez-les au plus tôt !

Ils auront sans doute voulu tourner la page,

Fatigués de mon style ou lassés de mes mots

Et puis trouvé refuge dans le voisinage,

Chez quelque homme de plume un peu mieux à leur goût.

Je les avais décrits, je l’avoue au passage,

Comme deux malfaisants, bons à rien, des voyous,

Garnements sans aveu, voleurs à l’étalage…

Nourriraient-ils quelque rancune à mon endroit?

-Ces deux enfants, monsieur, sont mes fils et j’enrage !

Les calomniant ainsi, vous enfreignez la loi.

Eux si droits, si charmants! Trêve de bavardage !

En attendant de vous emmener en prison,

Un policier prendra votre déposition.

Qu’elle soit convaincante et de bonne facture !

Sachez que j’aime la bonne littérature !

Dorénavant, je prendrai garde à mes propos.

Le métier d’écrivain n’est pas de tout repos !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

Publié dans Alain et l'Autre | 25 commentaires

(A & A n° 50) Le corbeau et la pie

photo Petitalan

-N’est-il pas malheureux, soupirait le corbeau,

Que de tous temps, nous deux, quelle injuste avanie,

Au prétexte que notre babil n’est pas beau,

Soyons si mal aimés? -J’en conviens, dit la pie.

On entend les humains louer sur tous les tons,

Rossignol, merle noir, troglodyte, hirondelle…

Mais ce sont de hauts cris dès lors que nous chantons,

Pourtant me semble-t-il, notre musique est belle !

*

Chacun de la beauté

Se fait sa propre image,

Vante sa primauté

Et se croit un grand sage.

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

 

 

 

Publié dans Alain et l'Autre | 33 commentaires

Un artiste méconnu

photo YG


Sous la bise légère ondulait un roseau.

Le chêne lui lança sur un ton sarcastique :

-Que tu es ridicule avec ta gymnastique !

As-tu bientôt fini de faire le faraud ?

-Serait-ce mon tableau, voisin, qui te dérange ?

-Quel tableau ? Je ne vois que gestes d’un dément !

-Si tu ne me crois pas, demande à la mésange,

Au merle, au rossignol : c’est le portrait du vent !

AG

Publié dans Poèmes | 13 commentaires

Le cèdre

Le cèdre Bonnes

Un cèdre, infatué de sa noble prestance,

Se gaussait, méprisant, des plantes d’alentour :

 « Quelle médiocrité ! Pour vous, piteuse engeance,

Il aurait mieux valu ne jamais voir le jour !« 

 

Jupiter l’exauça : les plantes disparurent.

L’arbre majestueux, enfin seul désormais,

Jusqu’au ciel étendait ses puissantes ramures,

Grandissait à plaisir et chacun l’admirait.

 

Or il advint qu’un soir, survint une tempête.

La terre n’ayant plus nulle végétation

Pour la consolider, céda. La fière tête

Au sol vint s’écraser, à grand fracas, dit-on.

AG

D’après un écrit en prose de Léonard de Vinci

évoquant à mots couverts la chute de Ludovic le More.

 

Publié dans Fables | 9 commentaires

Un chauffeur peu ordinaire (A&A n° 49)

160221  PC 001 (2)photo Petitalan

Trompeuse est l’apparence, et sans être Descartes,

J’affirme que nos sens, pourtant sophistiqués,

A leur corps défendant quelquefois nous écartent

Du chemin raisonnable et de la vérité.

***

Ce merle qui attend près d’une automobile

En son bec un brin d’herbe pour passer le temps

Ami lecteur n’a rien, mais rien d’un volatile !

Mon propos j’en conviens vous semble extravagant,

*

Et pourtant, il suffit de bien fixer l’image,

Puis de fermer les yeux, sans effrayer l’oiseau,

Pour voir s’illuminer un autre paysage

Directement issu d’un conte de Perrault :

*

Cocher de noir vêtu, fumant sa cigarette,

Auprès de son carrosse, il attend Cendrillon

Qui s’étourdit au bal, se fait conter fleurette,

Sans égard pour le temps qui tourne au carillon.

*

-Comme elle est en retard ! murmure le vieil homme,

Tourmenté mais pas trop, car connaissant la fin

Heureuse du récit. Qu’elle en profite, en somme,

Elle a droit au bonheur ! soupire-t-il enfin.

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

 

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