Le blues de Chantecler

photo YG

Les personnages :

Chantecler, le coq

Pinte et Copette, deux poules

Les poussins

Le décor : la basse-cour

***

PINTE

Qu’as-tu donc, Chantecler, toi dont l’appel sonore

Chaque jour fait s’ouvrir les portes de l’Aurore

Au char du dieu Soleil et ses chevaux ailés ?

Tu as pour toi la gloire et la célébrité ,

On respecte en tous lieux ton pouvoir fantastique.

Alors, me diras-tu, quelle mouche te pique ?

Tu arpentes la cour, l’air sombre, contrarié.

Ton fier cocorico serait-il enrhumé ?

Quelque jeune dindon aurait-il eu l’audace

De comparer ton chant à celui d’une ageasse ?

Toi qui sus te tirer des griffes de Renart,

Toi, le héros sans peur, aurais-tu le cafard ?

Au moins dis quelques mots, décharge ta conscience !

CHANTECLER

Pinte, sur ton honneur, jure-moi par avance

Que jamais à personne tu n’en diras rien !

PINTE

Je le jure sur la tête de mes poussins !

CHANTECLER

C’est un secret bien lourd, à ce point lamentable

Que je vois des rimeurs en tirer quelque fable !

Ils vont me brocarder. Je les entends d’ici.

Je voudrais me cacher ! Ah ! mon règne est fini !

PINTE

                En viendras-tu au fait ?

CHANTECLER

                                                    Oui, puisque tu insistes…

(Silence. Chantecler soupire.))

Ce que je vais t’apprendre est un aveu bien triste…

PINTE

                    Parleras-tu enfin ?

CHANTECLER

                                                       Ce matin, j’ai dormi.

PINTE

Eh bien? La belle affaire ! Serait-ce interdit ?

CHANTECLER

Tu ne m’as pas compris : j’ai failli à ma tâche,

Car je n’ai pas coqueriqué ! Je suis un lâche !

Cela ne serait rien, mais le pire surtout,

C’est que le char d’Hélios est parti malgré tout !

PINTE

C’est ma foi vrai. Comment cela peut-il se faire ?

CHANTECLER

J’ai compris que mon chant n’est pour rien dans l’affaire,

L’Astre n’a nul besoin qu’on lui ouvre les cieux!

Pinte, dans mon orgueil j’ai offensé les dieux !

(Il se met à pleurer)

PINTE

Un instant ! Mais oui, j’y suis, je me le rappelle :

Ton chant m’a tiré du sommeil, je suis formelle !

CHANTECLER

                      Quand ? Ce matin ?

PINTE

                                          Oui, je m’en souviens maintenant.

CHANTECLER

                      Tu dis cela pour me faire plaisir !

PINTE

                                                                                   Attends !

Je vais interroger Copette mon amie.

Copette, réponds-moi franchement, je te prie :

Chacun le sait, tu dors d’un très profond sommeil.

Quel bruit a, ce matin, provoqué ton réveil ?

COPETTE

                       Le cri de Chantecler !

PINTE

(à Chantecler)

                                                          Tu vois, elle est sincère !

Je crois avoir trouvé le fin mot du mystère.

Mais bien sûr ! Réfléchis voyons, c’est évident :

C’est que tu as coqueriqué tout en dormant !

Voilà l’explication ! Ne fais donc plus la tête !

Haut les cœurs, Chantecler, redresse une peu la crête !

CHANTECLER

Mais oui, c’est donc cela ! Ouf ! Je suis soulagé !

(Après un long silence, songeur, se parlant à lui-même)

Comment dans mon sommeil puis-je coqueriquer ?

(Voyant les poussins qui viennent vers lui, il prend un air martial.)

CHOEUR des POUSSINS

Messire Chantecler, grâces vous soient rendues !

Voici par votre chant la clarté revenue !

Vous êtes notre Père au renom sans égal.

Pour ouvrir l’oeil, la Terre attend votre signal.

Chantons, chantons plus fort, que l’Univers le sache,

Et révère à jamais votre illustre panache !

(bis)

(Les poussins saluent et se sauvent en piaillant.)

FIN

AG

Publié dans Scènes | 24 commentaires

La manifestation (A&A et Cie n°65)

photo Petitalan

Nous partîmes cinq cents…“*

*

Le coq n’avait chanté, que nous étions en marche.

Notre foule, arborant ombrelles et chapeaux,

Plus nombreuse toujours montait comme à l’assaut.

J’allais, guidant leurs pas, j’étais leur patriarche.

*

Que chacun portait beau, n’en déplaise à Corneille,

Les jeunes et les vieux unissant leurs destins

Allant du même pied sur le même chemin !

Jamais on n’avait vu fraternité pareille.

*

Me voici bienheureux que se lève le voile

Sur un fait glorieux bien souvent ignoré :

Ah, vous nous auriez vus, partis revendiquer,

Sous l’obscure clarté qui tombait des étoiles !

*

Je comprends, chers lecteurs, que ces vers vous intriguent :

Je voulais simplement attirer l’attention,

Nous n’étions pas cinq cents, je n’étais pas Rodrigue,

Juste faire entendre la voix des champignons !

AG

*Clin d’œil au Cid acte IV, scène III

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

Publié dans Alain et l'Autre | 19 commentaires

La gazelle à la fontaine

Ayant vu son image au creux d’une fontaine,

La gazelle pleurait de ses pieds la maigreur.

Ses jambes trop menues ajoutaient à sa peine :

-La nature avec elles a commis une erreur ! 

Mais son humeur changea quand elle vit ses cornes,

Leur gracieuse beauté, puis surtout leur grandeur,

Et passa du chagrin à un orgueil sans bornes :

-Qui peut se prévaloir d’une telle splendeur ? 

Or voilà que soudain des chasseurs l’attaquèrent.

S’élançant dans la plaine, elle fuit comme un trait,

Mais parvenue au bois, ses cornes s’emmêlèrent

Dans un épais taillis. D’elle, c’en était fait !

Une voix lui souffla : –Retourne dans la plaine !

L’objet de ta fierté te vaudrait le trépas,

Alors que tes jambes, de toi font une reine ! 

D’un bond vertigineux, la belle s’échappa.

*

On ignore de qui l’on peut avoir besoin,

Le salut vient parfois d’où on l’attend le moins.

AG

d’après Locman (900 ? av. JC)

Publié dans Fables | 24 commentaires

Le chapeau oublié

Vous avez oublié votre chapeau, Madame,

Sur le banc du jardin, vous en souvenez-vous ?

Ce matin de printemps, qu’avril faisait ses gammes,

Vous aviez à ma plume accordé rendez-vous.

*

Ô Muse, quel bonheur, ce moment d’écriture !

Vous parliez à mon cœur, j’écrivais mon émoi,

Le monde se taisait, les oiseaux, la nature,

Tout semblait suspendu à votre douce voix.

*

Et puis, dans un éclair, sans un mot, vous partîtes,

Me laissant de mes vers seul porter le flambeau.

Certes, je comprends bien qu’ailleurs l’on vous invite,

Mais revenez au moins chercher votre chapeau !

AG

Ce texte est une reprise d’un poème publié en 2012.

Publié dans Poèmes | 21 commentaires

Le chat peureux (A&A et Cie n°64)

photo Petitalan

J’ai entendu un bruit ! Je ne vais plus bouger.

On ne me verra pas, tapi dans la verdure.

Ma mère maintes fois me l’a recommandé :

Si tu ne peux t’enfuir, fonds-toi dans la nature !

Pour tromper l’ennemi, je vais fermer les yeux.

Alors, vous vous direz : ce chat n’est pas si bête !

Car dans le noir complet, ce sera encor’ mieux,

Qui pourrait bien le voir ? Moi, j’en ai dans la tête !

.

Ainsi soliloquait au beau milieu d’un pré,

Tremblant de peur, un chat. Pourtant, nulle menace

Ni de près ni de loin n’aurait dû l’inquiéter.

Deux paisibles chevaux y broutaient l’herbe grasse,

Et devisaient gaiement, quand lui lança  l’un d’eux:

.

Minet, tu fais bien l’autruche,

Mais si tu n’ouvres les yeux,

Gare aux embûches !”

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

Publié dans Alain et l'Autre | 21 commentaires