La manifestation (A&A et Cie n°65)

photo Petitalan

Nous partîmes cinq cents…“*

*

Le coq n’avait chanté, que nous étions en marche.

Notre foule, arborant ombrelles et chapeaux,

Plus nombreuse toujours montait comme à l’assaut.

J’allais, guidant leurs pas, j’étais leur patriarche.

*

Que chacun portait beau, n’en déplaise à Corneille,

Les jeunes et les vieux unissant leurs destins

Allant du même pied sur le même chemin !

Jamais on n’avait vu fraternité pareille.

*

Me voici bienheureux que se lève le voile

Sur un fait glorieux bien souvent ignoré :

Ah, vous nous auriez vus, partis revendiquer,

Sous l’obscure clarté qui tombait des étoiles !

*

Je comprends, chers lecteurs, que ces vers vous intriguent :

Je voulais simplement attirer l’attention,

Nous n’étions pas cinq cents, je n’étais pas Rodrigue,

Juste faire entendre la voix des champignons !

AG

*Clin d’œil au Cid acte IV, scène III

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

Publié dans Alain et l'Autre | 19 commentaires

La gazelle à la fontaine

Ayant vu son image au creux d’une fontaine,

La gazelle pleurait de ses pieds la maigreur.

Ses jambes trop menues ajoutaient à sa peine :

-La nature avec elles a commis une erreur ! 

Mais son humeur changea quand elle vit ses cornes,

Leur gracieuse beauté, puis surtout leur grandeur,

Et passa du chagrin à un orgueil sans bornes :

-Qui peut se prévaloir d’une telle splendeur ? 

Or voilà que soudain des chasseurs l’attaquèrent.

S’élançant dans la plaine, elle fuit comme un trait,

Mais parvenue au bois, ses cornes s’emmêlèrent

Dans un épais taillis. D’elle, c’en était fait !

Une voix lui souffla : –Retourne dans la plaine !

L’objet de ta fierté te vaudrait le trépas,

Alors que tes jambes, de toi font une reine ! 

D’un bond vertigineux, la belle s’échappa.

*

On ignore de qui l’on peut avoir besoin,

Le salut vient parfois d’où on l’attend le moins.

AG

d’après Locman (900 ? av. JC)

Publié dans Fables | 24 commentaires

Le chapeau oublié

Vous avez oublié votre chapeau, Madame,

Sur le banc du jardin, vous en souvenez-vous ?

Ce matin de printemps, qu’avril faisait ses gammes,

Vous aviez à ma plume accordé rendez-vous.

*

Ô Muse, quel bonheur, ce moment d’écriture !

Vous parliez à mon cœur, j’écrivais mon émoi,

Le monde se taisait, les oiseaux, la nature,

Tout semblait suspendu à votre douce voix.

*

Et puis, dans un éclair, sans un mot, vous partîtes,

Me laissant de mes vers seul porter le flambeau.

Certes, je comprends bien qu’ailleurs l’on vous invite,

Mais revenez au moins chercher votre chapeau !

AG

Ce texte est une reprise d’un poème publié en 2012.

Publié dans Poèmes | 21 commentaires

Le chat peureux (A&A et Cie n°64)

photo Petitalan

J’ai entendu un bruit ! Je ne vais plus bouger.

On ne me verra pas, tapi dans la verdure.

Ma mère maintes fois me l’a recommandé :

Si tu ne peux t’enfuir, fonds-toi dans la nature !

Pour tromper l’ennemi, je vais fermer les yeux.

Alors, vous vous direz : ce chat n’est pas si bête !

Car dans le noir complet, ce sera encor’ mieux,

Qui pourrait bien le voir ? Moi, j’en ai dans la tête !

.

Ainsi soliloquait au beau milieu d’un pré,

Tremblant de peur, un chat. Pourtant, nulle menace

Ni de près ni de loin n’aurait dû l’inquiéter.

Deux paisibles chevaux y broutaient l’herbe grasse,

Et devisaient gaiement, quand lui lança  l’un d’eux:

.

Minet, tu fais bien l’autruche,

Mais si tu n’ouvres les yeux,

Gare aux embûches !”

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

Publié dans Alain et l'Autre | 21 commentaires

L’ânesse, la poule et la chèvre (A&A et Cie n°63)

photo YG

La poule un jour dit à l’ânesse :

-Ne vas-tu pas te taire enfin ?

De braire n’as-tu point de cesse !

Tu as réveillé mes poussins !

Les murs de mon poulailler tremblent,

Et c’est ainsi chaque matin.

Ne pourrais-tu pas, il me semble,

A tout ce bruit mettre le frein ?

Au moins réduire le volume,

Et changer d’air pour une fois.

Celui-là hérisse mes plumes.

Va donc hurler au fond du bois !

*

-Ô Ciel ! Voyez cette l’ignorante 

Imperméable à la beauté !

Mais je ne hurle pas : je chante !

*

-Et moi je ponds des œufs carrés !

*

-Moque-toi ! Oui, je vocalise

Et l’on dit que mon chant est beau !

*

-Je ne vois là que vantardise.

Qui donc l’affirme ? Les corbeaux ?

*

-Et toi, quand je fais méridienne,

Qui vient caqueter sous mon nez !

*

-Entendu. Qu’à cela ne tienne :

Devant un juge allons plaider !

*

Ce juge était en l’occurence

Une chouette des environs

Qui leur prescrit la tolérance

Contre leurs derniers ducatons.

Les deux plaideurs, la tête basse,

Regrettant leurs transports passés,

Firent la paix, de guerre lasse.

Une chèvre vint à passer.

*

-Nous voilà ruinés ! fit l’ânesse.

*

-Hélas, dit l’animal bêlant,

Sans doute une experte en sagesse,

Il fallait y songer avant !

AG

Je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

et celle d’Océanique sur le blog :

Océanique

Publié dans Alain et l'Autre | 20 commentaires