La grande surface

photo YG

Histoire en parlanjhe du Sud de la Vienne*

L’Octavie raconte à la Jheanne qu’al a été faire ses commissions au nouveau magasin qui vint d’ouvri’ à Taupignac.

« I rent’ la-d’dans : ma paur’ Jheanne, o y en avait daus affaires peurtout, et par terre, et sû daus étaghères, en haut, en bas, peurtout, t’arais vu thieu ! Et pis surtout ce qui m’a pas fait piaizi, ol’est que quand i ai rentré, peursounne m’a dit bonjhour. L’alliant, le veniant, coumme si i étais pas là. Et pis o y avait de la lumière pis qu’en pien jhour, de la musique qui me cassait les oreilles ! Le d’vant pas payer l’ictricité dezard ! O y a pas besoin d’ musique peur ach’ter une bouète de ciraghe!

Les ghens aviant daus chariots à roulettes et pis le mettiant daus affaires dedans, sans payer, rin ! Le passiant à couté daus tomates, l’en preniant un kilo, et pis après ol’tait dau pain ou bin de la lessive. Tout était mélanghé ! Ol’est pas coumme chez la mère Colin, nout’ épicière !

Moué, i étais là au mitant de tout thieu et i savais pas qui faire. I ai attendu, attendu, mais peursounne venait peur me servir. Alors, i ai torné les talons, i ai laissé le chariot au mitant de la piace et i seus ressortie ! I ai dit au revoir, mais encore une foués, peursounne m’a répond. M’est avis qu’ol est pace que l’compeurnons pas nout’ patois dezard ! »

AG

paur’ : pauvre

thieu : ça

piaizi : plaisir

mitant : milieu

peur : pour

dezard : sans doute

Extrait de : Nouvelles histouères dau villajhe de la Beurlandrie

Si vous souhaitez voir le livre, cliquez ICI.

*Résumé du texte en français :

Octavie se rend pour la première fois dans un supermarché. Elle est désagréablement surprise par la trop grande quantité de marchandises, l’éclairage et la musique qui lui semblent inutiles et surtout le fait que personne ne lui prête attention. En observant les clients qui vont et viennent, elle espère vainement que quelqu’un vienne la servir. Lasse d’attendre, elle sort du magasin sans rien avoir acheté. Elle dit au revoir, mais là encore personne ne lui répond. C’est sans doute, se dit-elle, à cause de mon patois qu’ils ne comprennent pas !

 

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Le pigeon sarcastique (A&A et Cie n° 62)

photo Petitalan

Certain Pigeon qui battait le pavé,

De-ci de-là, cherchant pitance,

S’immobilisa soudain contrarié:

*

-Mais qui donc a l’impertinence

De venir céans ravir mon soleil !

*

Pour un peu, on eût cru entendre

Le propos célèbre, en un cas pareil,

De Diogène à Alexandre !

*

Mais non, dans cette fable, cher lecteur,

Hormis ce pigeon sarcastique,

Vous ne trouverez aucun empereur,

Juste deux filles sympathiques

Qui pour twiter au mieux sur leur écran,

Ont ouvert grand les parapluies !

*

La colère de l’oiseau mécontent

De réponse ne fut suivie.

S’il se fût exprimé courtoisement,

Il aurait gagné un sourire,

Peut-être même un gentil compliment…

*

Civilité ne peut nuire.

AG

Avec mes meilleurs vœux de belle et heureuse année,

je vous invite à lire, inspirée par la même image,

la fable d’Alain Ménez à la date de parution sur le blog : 

Le blog de Petitalan

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Océanique

 

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Le héron et les cigognes (A&A et Cie n° 61)

photo Petitalan

-Regardez, mes consœurs, qui vient à nous céans !

Avez-vous déjà vu, ou imaginé même,

Telle, disons le mot : figure de carême ?

Cet accoutrement gris, quoi de plus attristant ?

*

Une autre poursuivit : -Sait-il au moins parler ?

Lorsque-moi-m’exprimer, ma-langue-toi-comprendre ?

Pourtant je parle fort, il aurait dû m’entendre !

Il est peut-être sourd ou pis encor’ muet ?

*

Certaines murmuraient : -C’est sans doute un oiseau

En cavale évadé d’une ménagerie.

Peut-être est-il porteur de quelque maladie.

S’il était dangereux ? On lit dans les journaux…

*

-Trève de bavardage, écoutez-moi plutôt !

Leur lança le héron. Mesdames les cigognes,

Je viens de voir tantôt des humains sans vergogne

Qui vous cherchent pour vous enfermer au zoo.

Prenez donc votre envol, et fuyez promptement !

*

A parler sans savoir, on se trompe souvent.

AG

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Océanique

 

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La ceinture

Un homme cherchait un trésor.

Nuit et jour, il creusait la terre,

Rêvant des quelques pièces d’or

Qui adouciraient sa misère.

Il ne trouva finalement,

Perclus, brisé de courbatures,

Dans la cavité qu’un serpent.

L‘homme s’en fit une ceinture.

Plutôt que de se lamenter,

Quand le sort porte préjudice,

Ne vaut-il pas mieux s’efforcer

D’en tirer quelque bénéfice ?

AG

D’après un proverbe africain

Photo YG

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Le héron glouton ( A&A et Cie n°60)

photo Petitalan

Jamais on ne vit d’oiseau si glouton !

De l’aube au couchant, qu’il pleuve ou qu’il vente,

Sans aucun souci du qu’en-dira-ton,

Partout le goulu sème l’épouvante.

Ablettes, barbeaux, truites, carpillons,

Nul ne lui échappe, il gobe, il avale,

Dévore, engloutit, pire que Gnathon !

Sa voracité est phénoménale !

*

Or un soir, las de lui verser tribut,

Comme l’ogre était aux bras de Morphée,

Le peuple des eaux, ferme et résolu,

Dans un lieu secret tint une assemblée :

*

-Il faut enrouler autour de son bec

Un bon élastique, assurait la loche.

-Mais où le trouver ? lança d’un ton sec,

L’anguille qui dormait sous une roche.

*

-Aucune indulgence, il faut le noyer !

Dit un vieux black bass. Rien de plus facile :

Dans quelque trou d’eau tiré par les pieds,

Il sera moins fier, et nous plus tranquilles !

*

Nous pourrions aussi passer un anneau

Autour de son bec, proposa la brème.

J’ai en trouvé un près du gros ormeau.

La truite risqua : -Oui, mais le problème

Est de savoir qui fera tout cela…

*

Sous cape, chacun partageait son dire.

Dans un grand silence l’on se quitta,

*

Et notre héron continua de nuire.

*

Il est aisé de parler.

Agir est plus compliqué.

AG

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