Parlanghe poitevin

PETIT GLOSSAIRE DU PARLER DE BERNESSAC

(Sud Vienne)

A

 

à = ce à matin

a = elle(s)

Abattis mp = les membres pour une volaille, les bras, les jambes

abourde = étai

abre = arbre un’abre

abric =abri à l’abric au souleil

accabassé = fatigué I seu tout accabassé.

accacher = appuyer

accoter = arrêter Accote don thiès vaches !

accoubié = marié L’sont ben accoubiés (vont bien ensemble)

acertainer = affirmer A m’za acertainé !

acheyissab = insupportable Thielle drôillère est acheyissab !

adoué avec = qui vit en concubinage avec

adret = adroit L’est adret coum’ un singhe !

affriocher = attirer

Affutailles fp = habits

affutiaux mp = habits

agâ = où les bêtes ne doivent pas aller (ex : luzerne, cultures …)Tes cheub’sont en agâ !

agheasse f = pie

agueurgoussi = courbé recroquevillé

Aïe don ! = Et voilà ! Aïe don ! L’est cheut  dans une gâche !

aigail = rosée

aignâ = agneau

Ailla ,aya (aillate) = pas bien levé dau pain ailla

aneu = aujourd’hui

appropeurzir = rendre propre

aquiapi ou quiapi = caché, tapi aquiapi dans une palisse

arâ = araire

arentelle, irentelle f = toile d’araignée

argouane = pleurote

arocher = lancer (un caillou à ) arocher une poule

arqué = raide I sê tout’arqué.

auzane = buis

avour = maintenant

avrir = attraper

ayand = gland

 

B

 

bader (la goule) = ouvrir la bouche d’un air niais

baillarge f = orge

ballet m = fenil

barrer = fermer à clé As-tu ben barré la porte ?

basse f = demi-tonneau muni de deux anses

basseil m = seuil

batt’ son dail = mourir

begasser = bégayer

benasse f = un bien L’avait un bout d’benasse.

berouette = brouette

beu = boeuf

beurdoquée f = volée de coups Son père y’a foutu une de thiè beurdoquées !

beurgaud m = bourdon

beurlander = colporter une nouvelle T’as pas besoin d’zou beurlander peurtout !

beurlot m = petit ver (ex : dans un fruit)

beurnée f = pâtée des cochons La beurnée aux gorets

beurnoncio = dégoûtation Beurnoncio, bouse de goret !

beurnoux = sale (en parlant du visage)

bianc = blanc La cheub’ bianche a eu deux chebrâs.

bidrouille f = mauvaise boisson

bié m = blé

bigher = embrasser bigher sû les deux jhottes

Bigorne f = monstre du puits

billon m = bûche

bintou = bientôt

bisbille = mésentente L’sont en bisbille ac les vosins

boriette = à la tombée de la nuit , à la boriette

bot = sabot

bouler = enfoncer le pied dans l’eau

boulite f = petite ouverture (fenêtre)

bouliter = regarder par une boulite sans être vu

bourgne f = corbeille d’osier peur mett’ les prunes melées

brailler = pleurer

brasière f = cocotte en fonte

broussette f = mâche

brumasser = bruiner O brumasse.

buffer = souffler

bughée f = lessive

 

C

 

cabourne = creux un châgne cabourne

cafière = cafetière

cagou, faire le cagou = être replié sur soi-même, prostré Thielle poule fait l’cagou ; a s’ra queurvée d’main !

cagouille f = escargot

careuil = d’aplomb, horizontal ( p. ex. un tableau accroché au mur )

casse f = motte de terre L’a cheu coumme une casse !

catin f = poupée, pansement au doigt, femme aux mœurs dissolues

catuche f = poupée

Chadâ m = dadais Vo don tiau grand chadâ !

chail m = caillou

chaleuil m = lampe

chalin m = orage

charcois m = le corps

charrières f = chemin

Chausses f = bas

chavan m = hibou

chêti = chétif Chêti drôle !

cheube f = chèvre

cheubrat m = chevreau

cheure = tomber Ta, l’est cheu !

chin, chine = chien , chienne

chinail m =petit chien

chintre f = aux deux bouts d’un champ passage de charrue

cholette f = colza

cochet m = pissenlit

combuger = faire gonfler les douelles d’une barrique

couasse = qui veut couver une poule couasse

coureil m = verrou

coureillée f = liseron

couvraille f = labour d’automne

 

D

 

d’même = comme ça

d’quétant, d’tiétant= en ce moment

dail m = faux Tu t’mouches pas avec un dail ! (Tu fais les choses en grand !)

dalle f = gouttière

déteurvirer = retourner

deurdayer = trembler de froid

deuzard = sûrement

diab’ = diable Diab’ te brûle !

dorne f = tablier relevé

drigailles f = habits

drôle, drôillère = garçon, fille

égousser = écosser (les pois …)

 

E

 

ébaffé = épuisé I seus ébaffé !

ébaupin = aubépine

éborier = crever l’oeil

ébouiller = écraser

échauffure f = accident de santé dû à trop de travail L’est mort d’une échauffure

efeustillé = éveillé, qui se met en avant Faire soun’ éfeustillé

éfourgné = qui quitte le nid osiâ éfourgné

enfargher = entraver As-tu enfarghé la gh’ment, qu’a s’sauv’ pas dans les charrières?

entailler = s’embourber

éparer = étaler éparer dau fumier

épourail m = épouvantail

éralé = fendu un’abre éralé

érimus mp = grimaces, manières Vo don thiau Parisien faire ses érimus !

éronde f = ronce

éteurbeuil m = tourbillon (en Vendée : sorcière)

étou = aussi m’otou, t’otou, li tou = moi aussi, toi aussi, lui aussi

s’émouver = se remuer

F

 

feurlasser = faire du bruit (objets en fer )

feurrasse f = fer sous les sabots, sous les galoches

ficelle f = faisselle

fi d’chin ! fi d’garce ! ou : fi d’diarce ! fi d’loup ! = jurons

fontreau m = petit fond (val)

formogher = enlever ( tirer) le fumier

fourniou m = bâtiment où l’on prépare la beurnée des cochons

froutis m = objets en désordre

fumelle f = femme

 

G

 

gâche f = flaque d’eau

gadrouiller = jouer avec l’eau

gagouet m = gorge

garet m = guéret

garouille m = maïs une panouille de garouille (épi)

gars m = homme

gh’neuil m = genou

ghavasser, ghôdrouiller = parler au hasard, pour dire n’importe quoi

ghenser = balayer ghenser la piace

ghenticôrps = en tenue légère Tu vas attraper dau mau d’sorti d’même en ghenticôrps !

ghiolle f = charrette avec banc à l’avant

ghô m = coq

gnau m = oeuf pourri (ou factice ) que l’on met dans le nid pour faire couver une poule

godaille f = chabrot

godlan m = longue scie à deux poignées

gommeux = fier, orgueilleux

goret m = cochon

gorounée f = portée de petits gorets

gosser = tailler du bois

gouape = goulu C’que t’es gouape !

gouasse = goût Ol’a ni goût ni gouasse

gouger = gaver gouger les canards

goule f = bouche, visage I i’ai foutu ma main sû la goule

goulée f = bouchée Vin don couper un’ goulée (manger un morceau)

gouspiller = découper, gâcher

goutte f = digestif Vin don prend’ la goutte à la maison !

graissée f = tartine un’ graissée d’pâté

grillons mp = rillettes

grimolle f = clafoutis

grole f = corbeau L’est fin coumme un’grole

grupé m = montée

guerouée f = groupe un’ guerouée d’poulets

gueurlet m = grillon

gueurmeler = tousser, ronchonner Les fumelles guermelant tout l’temps (La sauce aux lumas, chanson)

gueurnaud = en vrac

guignetter = effectuer une activité manuelle maladroitement et sans succès

gumelle f = couteau mal aiguisé

se guiler = s’introduire

 

 

H

 

hacherâ m = petite hache

haussupe f = petite côte

hucher = appeler en criant

I

 

I = Je

ia = glace fré coume dau ia

iév’ m = lièvre

 

J

 

jhavelle = gerbe

joute = betterave

juc = perchoir

 

L

 

lanïers = landiers, chenets

li = lui

liche = ver de terre

loche = limace L’est gras coume un’loche

loubier = lucarne dans le toit d’un grenier

loupiote = lampe faible

luma = escargot

 

M

 

maché = meurtri

mâte = flétri Thielle salade est toute mâte.

mâtrouiller = mâcher

maufasant = malveillant

mê = plus, davantage

mègue = petit lait

melé = séché dau prunes melées

mentries = mensonges I l’cré pas , l’dit qu’dau mentries !

métiver = moissonner

métives = moissons

miget = pain trempé dans du vin

minchiver = économiser O faut pas minchiver.

monghettes = haricots blancs

mouceau = tas

mouche bouine = mouche du cheval

moué = moi

mouillère = partie humide d’un champ L’a entaillé dans la mouillère ac son tracteur.

musser = sentir

 

N

 

la natreté = mauvais caractère

natre = désobéissant, qui a mauvais caractère Thielle drôillère, a l’ est nat’ coumme un trouille !

nigeassant = lent

nigeasser = travailler avec lenteur

nine = naine une tite poule nine

nout’ = notre

 

O

 

ortrughes = orties

osiâ = oiseau un’osiâ

oueille = brebis

ouillette = entonnoir

oussine = baguette souple

 

P

 

pabou = pavot

palène = herbe sèche sur pied

palisse = haie

pas = passage (pour une personne) pour entrer dans un champ

paure = pauvre

peunon = bogue

peurmentaghe = tout ce qu’on mange avec du pain Les p’tits pois, les grillons, o l’est dau peurmentaghe.

peurtout = partout

pian’trâ = petite place

pianche = planche

piarde = pioche

piarder = piocher

picatâ = pivert

pifre = ail rond

pinate = jarre (pour mettre le salé), saloir

piquette = boisson peu alcoolisée d’la piquette aux cormes

pirail = constitution T’en fais pas peur li, l’a bon pirail !

piron = oison

piumail = plumeau

pochon = petit sac

ponne = cuve à bughée

potet = pichet

potloube= renoncule

poturelle = potrelle, coulemelle

pouè = puits

pourée = poireau

pradelle = prairie

pro, prote = dindon, dinde

pupu poupou= huppe

 

Q

 

qu’ri = chercher

queurvation ! = saleté !

queurver = mourir pour un animal

quiapi = caché

 

R

 

à l’arvouéyure = au revoir

o lè râle = c’est sûr O l’est ben râle deuzard !

r’meuil = pis

r’voliner = tourner (le vent) O r’voline

raballée = grande quantité (fruits)

rabâtée = avalanche de coups

rabâter = faire du bruit Qui qu’tu rabâtes ?

rabiot = surplus

rabioter = chiper

rabois = grosse averse

racoin = recoin

radiner = revenir

ragâtons = restes

raize de lit = espace entre le lit et le mur

ramée = averse

rapia = avare

raque = charogne La raque fait pas queurver les chins !

ratiboiser = tout enlever

rège = sillon

rimé = brûlé Thiès monghettes, a sont pas bounnes, a sont rimées !

riorte = lien pour fagot

riper = glisser

roberte, robarte = une mauvaise herbe

rolon = barreau d’une échelle

rosslu = à bosses un ch’min rosslu

rouche = enroué

rouin = ornière

rouin = ornière

russe = moutarde sauvage

une ratiboisée = une volée

 

S

 

s’lé – à la s’lé = à l’abri O mouille, vins don t’mett’ à la s’lé !

s’niçon = séneçon

sagouiller = brasser de l’eau

sandille = mésange

sang guiacé, sang caillebot = chaud et froid

sanyard = couleuvre verte et jaune

sapré = sacré Sapré drôle !

sarnuche = petit chiendent

sassouner = entasser sans soin dans un coin

se saquer = se fourrer L’est saqué dans un coin

sequotte = récipient à long tuyau pour se laver les mains (godet)

sîler = emettre un cri très aigu Thiau goret s’est mis à sîler.

since = serpillère Passer la since, sincer

sio = seau

subié = sifflet

 

T

 

talbâter = faire des cauchemars ou faire du bruit

talbot = entrave ( morceau de bois attaché au collier d’un animal )

tchulotte = culotte

té, toué = petit bâtiment l’té d’gorets

timbre = abreuvoir

tirer = traire

tôghea = départ des branches d’un arbre

torchée = quantité de boudins qu’on sort du bouillon et dispose sur un torchon une torchée d’boudins

trâliner = traîner, ne pas se presser

trempe = mouillé L’est tout trempe !

treue f =truie

trouille = appareil pour enrouler de la laine ( ?)

 

V

 

vadrouiller = traîner

valdigue = chute

valdinguer = tomber Le l’la envoyé valdinguer dans les ortrughes.

vasser = agacer Tu m’vasses !

veurdelle= badine

veurmine = vipère

veuzer = aller vite O va veuzer !

veuzette f = un bon à rien

viâ = veau

villaghe = hameau

virounâ = vertige

virouner = tourner

 

Z

 

zou = le (pron. pers.) L’a pas v’lu m’zou dire.

I zou sais ben.

 

 

Quèques écrivaghes :

Le grapaud

 O y avait un jhour un chêti grapaud

Qui peuvait pus endurer sa fumelle.

L’attrape une échelle et pis l’grave en haut

Pr voer Jhupiter et y causer d’elle.

 

L’enlèv’ sa casquette et pis l’dit tout fort :

Pardon, nout’ Seigneur, mais ma malaesie,

Al’est si vilene qu’sa goule me fait tort.

O faut m’la changher pr un’ pus jholie !

 

Le ghenre taup’modèl’, pis intellighente,

Ben faite à mon goût, mangheant trois foués rin,

Habile au ménaghe avec une bounne rente …

V’en avez ben cor’ dans vous magasins !

 

Volà ma répons’ ! qu’o y a dit Jhupin.

Mais qui faire qu’vous m’dounnez thielle petite guiace ?

Regard’- tou don d’dans ! L’aut’ disait pus rin,

De s’voer si vilain, l’en a cheu sû piace !

AG

 

L’esposition

  -Marcel, as-tu été vouère l’esposition ? qu’o m’a dit Farnand, l’aut’ matin.

-Non point, qu’i y ai répond. Qui qu’ol est don ?

-Quèque chouse d’estraordinaire, que l’m’a dit. O vaut l’coup, tu peux m’crère !

 Pr ça, Farnand, l’avait raison ! Thielle esposition, o v’lait l’ coup ! Ol’tait à Touche-Penon qu’o s’passait, dans la salle polie-valente, thielle-là où que l’troisième âghe se réunit tous les promiers mardis dau mois. Une jholie salle, ma foué, mais qu’a coûté bin cher à la coumune ! Sûr que voui !

M’y volà don rendu. O y avait là dau monde qu’attendiant dèhôrs pr rentrer.

La Georghette, la fame à Lucien, assite sû son pliant, dounnait les billets à la porte.

-Qui qu’ol’est d’thieu, Georghette ? qu’i y d’mande.

-Enfin, Marcel, tu zou voués ben, qu’a m’dit, ol’est une esposition « darcontemporain«  !

-Ah bon… I ai rin répond. Pensez, i v’lais pas paraîte pus bête qu’un’ aut’…

Ol’tait deux euros. I rent’. La mairrie avaiant viré les tabes et installé au mitan tout un drigail.

Pr c’mmencer, i ai manqué cheure en m’entalbassant dans un fagot d’épines attaché ac un fil de fer tout rouillé. I m’apprêtais à l’rangher d’couté, quand qu’o y a un grand chadâ qui s’amène et qui m’dit :

– Pardon, Monsieur, il ne faut pas y toucher, c’est une œuvre d’art ! 

-Ah bon, qu’i y répond.

-Vous avez vu l’étiquette ?

-Voui, 200. Ol’est son liméro ?

-Non, c’est son prix ! Alors vous voyez ! Et là, c’est la signature de l’artiste !

I zou voyais bin, dezard ! Sû tous thiès objhets, o y avait un prix étou, et i vous garantis qu’ol t’ait cher pr c’qu’ol tait : une vieille piarde barbouillée en vert, daus bouts d’assiettes cassées collés sû une pianche…

I c’mençais à r’gretter mes deux euros ! Le monde alliant et veniant. Les ghens fasiant coumme moué, le saviant qu’en dire. Mais o y en a d’aut ‘ qu’ étiant intéressés.

Sébastien, nout’ facteur, s’avait pianté d’vant un p’tit buffet peint en bianc ac trois tirettes. Les pougnées, ol’tait un caillou peurcé attaché ac une grousse corde.

-Ol ‘est jholi, pas vrai? que l’me dit. I en ai les larmes aux oeils tellement qu’ol est jholi ! (L’est sensiblle, nout’ facteur !)

-Ah bon… qu’i ai répond.

-I veurais bin l’offri’ à ma fame, mais ol’est trop cher ! 370 euros ! Mon salaire me zou permet pas…

Un gars d’la ville ac un chapiâ et une jheune drôllière toute éfeustillée, ben habillés tous deux, étiant à minme d’ach’ter une estatue en fil de fer que i en arais minme pas vl’u au fond d’mon jhardin. Ah si, p’têt’, pr faire un’ épourail ! 500 euros ! Ben dis don !

Pus loin, la mère Badinet marchandait un mirouè ac autour daus coquilles d’huîtes pr mette’ sû sa ch’minée :

-Combin qu’vous disez ? Causez pus fort, i seus sourde !

-50 euros qu’o y huche le gars, vous savez, thiau-là dau fagot d’épines.

-50 ? Ol ‘est bin cher, ça, mon drôle, i vous en dounne 30 !

-Comme vous y allez, Madame ! Un miroir signé Barnabé Lagrimole !

-Eh ben, marchans pr 40 !

-Bon d’accord, topons-là pour 40 ! Mais vous êtes dure en affaires !

-Dame, mon père était maquignon ! L’était d’ Broute-Lumas. et là-bas, le monde attachant pas les chiens ac daus saucisses !

Dans un coin, o y avait une vieille 4CV Renault toute ébouillée ac à la piace dau volant une balayette et une botte de radis en plastique : 1200 euros !

Et tout à l’av’nant ! I c’mençais à m’senti’ barbouillé. Surtout en voyant thiès estatues en vieux dentiers soudés ac daus bouts de ferraille à daus paires de lunettes… O y avait étou une esquelette d’oziâ pendu à une ficelle qui s’balançait en l’air en battant daus ales. I en avais le virounâ. O f’lait qu’i sorte, qu’i ripe mes gailloches de là, et vite !

En sortant, i ai failli me taper dans un touriste anglais qu’arrivait ac une remorque : le v’nait d’ach’ter la 4CV !

-Alors, Marcel, qu’o m’dit la Georgette, quand qu’i ai passé devant elle, qui qu’t’en dis de thielle esposition ?

-Bah !

 Mais en me rendant chez nous, ol’est qu’i ai retrouvé toutes mes idées ! « Larcontemporain« , qu’i m’s’est dit, ol’tait p’têt’ pas si bête…

Coume i arrivais à la maison, dau fond d’la cour, la Jhuliette, ma boune fame qui dounnait à ses lapins, m’huche :

-Marcel, te volà quand même, t’en a mis dau temps ! Tu sais qu’o faut qu’ t’emmène thielle vieille thiusinière à la déchett’rie et pis tout l’froutis qu’est dans l’vieux té d’goret ! I allans pas garder toutes thiès salop’ries ! Oublie pas les vieux outils qui sont sous l’hangar, i peux pus les vouère ! Dépêche-tou, o froume à six heures, tu zou sais !

-Non point, i airai pas ! qu’i y répond… O vaut d’l’or, tout ça , ma Jhuilette ! Faut pas z’ou ch’ter ! Crés-mou, tu peux vend’ tes cheubes, tes oueilles et ton goret. I allans nous lancer dans une grande affaire ! A nous z’aut’ la fortune ! Sais-tu bin c’qu’ol’est « larcontemporain » ?

 AG

Les vaches

 Thielle histouère, ol’est à Broute-Lumas qu’o s’est passé. Moué, i z’ai point vu, mais ol’est la Lucette, la nièce à Gorgheton qui m’z’a raconté la s’maine darnière. Vous la counnaissez p’t’êt pas, vous z’aut’, la Lucette. Al’est ségrétaitre au garaghe Tralinet à Taupignac. Une bonne peursounne, sûr que voui, et pas menteuse rin dau tout, i peux vous z’acertainer !

 

Volà don c’qui s’est passé :

Dans l’villaghe de Broute-Lumas, en pien mitant, o ya une mare. Al’est pas bin grande, non, mais quand minme, ol’est une jholie p’tit’ mare. D’un couté de thielle mare, o ya la maison à Alphonse, et d’l’aut’, thielle-là à Mathurin. A couté daus maisons, o ya daus tés, daus granghes, enfin tous les bâtiments qu’o trouve dans tous les villaghes, ben entendu. Un p’tit bout pus loin, o ya d’aut’ maisons, mais i vous en parle pas, vu qu’al’ avant rin à faire dans thielle histouère.

Alphonse et sa bounne famme, la Francine, avant deux vaches et Mathurin qu’est célibataire endurci en a trois. Tous les sérs, thiès vaches venant bouère à la mare en s’rendant daus champs.

Ol’est là qu’la bisbille a c’mmencé. Vous compeurnez ben que les vaches quand qu’a bouévant, a fasant pas coumme nous z’aut’ ac un verre ! A mettant yeus pattes dans l’eau et en moins de temps qu’o faut à une châtaigne peur cheure d’un tabouret, l’eau est toute boulée ! Et les vaches qu’arrivant après, a bouévant … que d’la vase !

Thiau sèr, ol’est les vaches à Alphonse qui sont v’nues bouère les premères. Al’avant bu tout leur soûl, mais quand qu’thiès-là à Mathurin sont v’nues, l’eau était pu nègre que dau charbon !

-Tu peuvais pas faire attention ! qu’o dit Mathurin. T’as vu coumme tes vaches avant boulé l’eau ? Qui qu’les mennes allant bouère, avour ?

-Moué, i y peux rin, qu’o répond Alphonse, t’as qu’à les faire attend’ un p’tit bout, le temps qu’l’eau se pose !

-Attend’ ? Ac thielle chaleur ? Tu veux m’les faire queurver ! Ah ! Non, ol’est pas possib’ ! T’avais qu’à faire attention ! Ol’est tous les jhours pareil !

-I peux quand même pas les faire bouère ac une paille !

-Fous-tou d’moué ! R’garde-les, les paur’ bêtes, en train d’bouère thielle vase ! O f’ra dau bon lait, ta ça, dezard !

-O f’ra … dau café au lait ! qu’o dit Alphonse en rigolant.

-Ecoute-tou don ! Ta, tu mériterais qu’i t’caresse les oreilles !

-Te fâche pas, Mathurin, te fâche pas ! I allant trouver une solution.

-Tu parles !

-I avant qu’à les faire bouère chacun nout’ tour. Un jhour l’un, un jhour l’aut’. Tchi qu’tu prends ? Les jhours pairs ou les jhours impairs ?

-I en sais rin, tu m’vasses ac tes irimus !

-Aneu, i sont l’douze pas vrai, un jhour pair, t’es d’accord ? Coumme les mennes avant bu en premier, i va prend’ les jhours pairs. Et volà !

-Et moué ?

-Ben les aut’, les jhours impairs !

-O y en a autant ?

-Ben sûr qu’o y en a autant ! T’as qu’à prend’ le calendrier !.

-Bon, dans thiau cas, tope là ! Fasons d’minme.

-Entendu, Mathurin ! Après avoir tiré tes vaches, tu vinras bouère un coup à la maison.

-S’tu veux. Et pis chez moué, o s’ra d’main au sèr !

-Entendu ! Mais …

-A qui qu’tu penses ?

-O y arait ben une aut’ solution …

-Laquelle ?

-O suffirait d’faire mett’ les cinq vaches toutes en ligne et d’les faire bouère toutes en minme temps !

-Ol’est pas bête, ça, Alphonse, mais o faurait les dresser peur ça …

-Voui, et pis, au coup d’subiet, hop !

-Bounne idée ! T’en as, tè, un subiet ?

-Voui, thiau-la d’ Jullin, mon drôle.

-Bon, ben alors fasons d’minme.

-Le pus difficile, o va êt’ de les faire mett’ en ligne et qu’al attendant l’signal …

-Ca …

-Dans les cirques, le zou fazant ben !

-Dis don, Alphonse, o m’vint une idée. Quel grade que t’avais quand qu’ t’étais soldat ?

-Caporal chef au 125ème RI, et toué ?

-Deuxième classe. Alors, coumme t’es l’pus gradé, ol’est toué qui va les dresser.

-Bon, si tu veux. O faurait d’abord les faire marcher au pas …

-Ol’est la moind’ daus chouses ! Et pis o faurait qu’tu r’trouves ta t’nue d’soldat. L’habit militaire, sûr qu’o les impressiounnerait !

-T’as raison, Mathurin. O faut qu’i d’mande à la Francine où qu’al l’a serré … En espérant qu’l’es pas mité, dèpis l’temps !

-Et pis qu’tu peurras encore rentrer d’dans !

-I ai pris un p’tit bout d’poids, mais quand minme …

-Ta, la volà jhustement qu’arriv’, ta bourgheoise !

-Tchi qu’vous fasez là, tous deux à jhacasser, bougres d’faignants ? Et toué, Alphonse, qui qu’t’attends au ieu d’aller tirer tes vaches ? O faut qu’i fasse tout dans thielle maison !

-Mais, ma Cicine …

-Y a pas d’mais ! Allons, dépêche-tou, bon à rin !

-Voui, voui, ma Cicine, tout d’suite. Bon …à … à d’main, Mathurin !

-A d’main, … CAPORAL CHEF ! quo dit Mathurin en rigolant dans sa barbe.

 

Ol’est tout c’qu’a savait, la Lucette. Mais si vous passez dau couté d’ Broute-Lumas, ol ‘est à drète en revn’ant d’Potché, la troisième à gauche après Taupignac, jhuste après l’grous châgne, p’têt’ que vous verrez un militaire en train d’hucher après cinq chêties vaches au mitant d’un pré. Cherchez pas. Vous savez ben qui qu’ol est !

 AG

  Le sanyard

( histouère de menteries)

 Au café « Chez la Nicole », o y a Sébastien, l’facteur, Narcisse Pibolon et Millin Gargasson qu’est un menteur patenté.

 -Vous savez pas c’qui m’a arrivé a matin ? Qu’o dit Sébastien ? I ai failli m’faire piquer par un vipert !

 -Moué, qu’o dit Millin Gargasson, les vipert ni les veurmines, i les crains pas ! Une foués, ol tait l’jhour de la Saint Jhean, en 57, l’année où qu’la Simoune s’est mariée. I m’en souvins coumme si ol’t’ait d’hier ! I étais à bicyquiette, i rev’nait de la balade à Pied d’Grole. A thiau moument-là, i fréquentais la Lucette de Touche-Penon, la fille à Lucien. Pr me rend’, o f’lait qu’i passe pr le Bois daus Chebraux. Ol’ tait d’ça vers les six heures. I m’dépêchait pace que mon père m’attendait pr tirer les vaches. Au mitan dau bois, qui qu’i voués qui m’attendais au-d’ssus dau ch’min, pendu à une branche de châgne ?

 -Un sanyard ! Qu’o dit Sébastien. Tu nous z’as déjhà raconté !

 -Voui, mais Narcisse, li, l’zou sais pas ! Alors i continue. Thiau sanyard, i sais pas combin que l’peuvait mesurer, mais c’qu’i voyais bin, ol’tait que le v’lait m’empêcher d’passer ! Vous l’ariez entendu buffer pis bader d’la goule !

Tu m’empêch’ras pas d’passer, mon cadet, qu’i pense en moué-même. Tu counnais pas Millin ! I continue don d’rouler, et au moument où qu’i arrive à sa hauteur, le s’laisse cheure coumme une casse, se manche dans les rayons de ma roue de devant !

I fais un saut périlleux, r’tombe sû mes roues, et me volà r’parti !

 -Comment que tu peuvais rouler, qu’o dit Narcisse, si la sanyard était manché dans tes rayons ?

 -L’y étais pus ! L’m’avait sauté au gagouet et l’essayait d’m’étranyer ! I roulais quand même, mais i arrivais presque pus à respirer. Volà qu’i arrive dans la grande descente de la Jhaunerie.I sais pas à quelle vitesse qu’i peuvais rouler ! Le sanyard qu’était pas habitué à r’cevoir tant d’air pr la goule, vous pensez, se met à éternuer.

De thiau coup, l’me lâche et l’veut se sauver, mais i l’attrape pr le bout d’la queue.

Avour qu’i peuvais respirer, i roulais de pus en pus vite et t’nant d’une main thiel objhet qui savait pas c’qui y arrivait !

 Au virage, en bas d’la descente, o y a un grous cormenier. I allais si vite que l’sanyard qui dépassait d’ ma bicyquiette d’au moins trois mèt’ , vu la vitesse, Paf ! a v’nu quiaquer coumme un fouet contre le cormenier et s’a ébouillé la tête !

 I m’arrête, le met dans ma musette et m’rend chez nous. Ma mère l’a dépouillé et l’a fait thiure. Al’en a fait dau pâté. Me semb’ qu’o doué en rester un pot. Si vous passez à la maison, i m’f’rai un piaizi d’vous l’faire goûter !

 AG

O y en ara d’aut’

A bintou !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réponse à Parlanghe poitevin

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